Le mouvement de la jeunesse allemande – 1929

Dans ce monde en refonte qu’est l’Allemagne depuis la Révolution, un curieux mouvement de protestation et d’organisation est celui qui agite une grande partie de la jeunesse : on dit « Jugendbewegung » comme on dit « Arbeiterbewegung ». Il n’est pas sans résultats politiques, mais à l’origine il est moral et social.

« L’esprit de la nouvelle jeunesse » c’est le titre d’une étude de M. Fischer dans la Deutsche Politik (19-11). Il critique la thèse de Siegfried Kawerau, un des chefs intellectuels de la Ligue de la réforme scolaire, qui croit qu’il s’est formé dans la jeunesse, par effet du bouleversement économique une idéologie de l’émancipation religieuse et morale et de l’égalité des sexes ; Fischer croit que dans les mouvements de jeunesse, les vieilles idéologies subsistent, mais animés d’un esprit de spiritualisation et d’aspiration violente à l’absolu. Il est faux que la jeunesse rejette l’idée religieuse : « une forte aspiration religieuse existe indéniablement ». Elle se manifeste chez les jeunes Allemands par le souhait d’un fondement religieux de la pensée nationale, chez la jeunesse catholique par le souci de la vie liturgique, chez les jeunes socialistes par le besoin d’une spiritualisation morale du vieil idéal matérialiste d’Etat à venir. Il est faux aussi que la nouvelle jeunesse nie toute autorité : il n’en est ainsi que chez les extrémistes du groupe de la Libre Jeunesse allemande ». On ne rejette que les formes d’une autorité tout extérieure ; on aspire à posséder de vrais chefs et de fermes idéaux. De même la meilleure partie de la jeunesse actuelle ne combat pas contre le mariage, mais contre cette idée du mariage qu’expriment les annonces de nos journaux, pas contre la famille, mais contre le matérialisme égoïste familial ; dans les milieux du « mouvement des jeunes » les mariages précoces se multiplient et ils sont fondés sur des bases matérielles. Les excès des libertins Freideusche ne doivent pas tromper sur le fond du mouvement.

Il est vrai que la jeunesse se met en opposition avec les valeurs les précieuses aux yeux du bourgeois moyen : la richesse et la hiérarchie sociale : mais ce sentiment n’est pas un sentiment de classe :

c’est un sentiment de régénération intérieure, quasi-ascétique, d’où ce renoncement à l’alcool et au tabac commun à beaucoup de tendances du mouvement de la jeunesse.

Les partis politiques qui avaient pour la plupart des organisations de jeunesse, les ont développées, un parti nouveau, comme est le parti national-allemand a créé la sienne qui est très importante. Il y a dans la Hilfe (n° 24, 26, 29) à l’occasion d’une lettre d’un jeune étudiant démocrate déclarant son détachement de la politique, de ses exigences de soumission au réel (telles que les formules le philosophe Max Weber) et d’opportunisme (telles que les formulent les praticiens), une discussion sur la généralité de ces dispositions antipolitiques. La conclusion était que le mouvement de la jeunesse tend à s’intéresser à la politique, tout en refusant tout embrigadement, et sans comme on le croit trop, adhérer surtout aux formules extrêmes. Les aspirations à l’union se sont exprimées au Congrès des Associations de jeunes à Brückenau, en accord, en une sorte de fraternisation silencieuse, à la clarté des torches symboliques, après que les orateurs eurent affirmé l’horreur des polémiques et le sentiment de sa valeur qui anime la jeunesse allemande d’aujourd’hui.

Bulletin périodique de la presse allemande, Ministère de la jeunesse, 19 décembre 1921

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