Le Mouvement de la Jeunesse hitlérienne – 1937

Lorsque — les querelles apaisées — un historien se penchera sur les problèmes politiques et sociaux de l’Allemagne contemporaine, il sera amené à consacrer une partie importante de son ouvrage aux mouvements de jeunesse qui jouent depuis nombre d’années déjà un rôle primordial dans l’histoire de ce pays.

L’historique de ces mouvements n’a pas encore été fait avec l’ampleur et le sérieux qu’il mérite, mais en Allemagne ont paru de nombreux ouvrages analytiques, et leur diversité même nous donne une image de la multiplicité de ces groupements de jeunes. À part quelques livres et articles officiels, il reste encore à faire une œuvre de synthèse générale qui sera une aide précieuse pour apprendre à mieux connaître l’âme et la vie allemandes.

Nous essaierons ici d’expliquer et de définir le mouvement de la jeunesse hitlérienne (Hitlerjungend), étude qui présente pour des Français un intérêt capital, car cette association embrigade sous ses drapeaux les forces allemandes de l’avenir, celles d’où sortiront la paix ou la guerre.

Deux grandes causes paraissent avoir présidé à la création de la Hitlerjungende (H. J, pour employer le système abréviatif allemand) : d’une part l’existence dès l’avant-guerre de groupes de jeunes, avides de liberté et d’air pur, en lutte contre les vieilles traditions de la bourgeoisie provinciale, et d’autre part la volonté du parti national-socialiste et de son chef de rallier la jeunesse à sa cause et de la dresser à sa doctrine.

Nous commencerons par donner un aperçu des mouvements de jeunesse, qui, des « oiseaux migrateurs » (Wandervögel) à la « Jeunesse Unifiée » (die bundische Jugend) frayèrent les voies à la Hitlerjunge en créant un esprit, qui, s’il n’est plus le sien propre, a contribué pour une grande part à sa formation.

À l’origine de tous ces mouvements, nous retrouvons le goût du Wandern si cher à l’Allemand. Le « Wandern » c’est le voyage à pied, sac au dos, seul ou en petits groupes, expression d’un désir intime de retour à la nature, sorte de nostalgie des origines ancestrales. C’est la joie des longs cheminements pour l’homme qui se sent vivre au rythme de son cœur, qui devine la vie profonde de la terre pénétrant dans ses membres comme les effluves mystérieux et bienfaisants d’une mère, lorsqu’il s’endort au revers d’un fossé, la face tournée vers les étoiles.

Dès 1897, des ouvriers typographes de Steglitz, faubourg berlinois, organisent des excursions jusque dans le Bohemerwald. En 1901, se crée l’Association des « Estudiants ambulants » et le nom de « Wandervögel » qui allait devenir célèbre fait son apparition. En 1905, se situe à Hambourg la genèse des « Errants » (wanderer) et des « troupes libres » (Freischaren). Les tendances de tous ces groupements que nous voyons naître dans les grandes villes sont les mêmes et nous ne craignons pas de dire que dans la vieille Allemagne impériale elles sont révolutionnaires. Elles se distinguent en effet par leur volonté de lutter contre l’esprit étriqué et « pantouflard » de la petite bourgeoisie conservatrice et contre la vie étouffante et trop réglée des villes ; par leur désir de réagir contre les survivances des traditions estudiantines : tavernes, beuveries, rivalités et duels ridicules qui ne pouvaient que gâcher l’élite de la jeunesse. L’origine de ces mouvements est, elle aussi, révolutionnaire, car c’est parmi des jeunes gens de 15 à 25 ans, sans aucune intervention de la famille ni des maîtres — qui cherchaient au contraire à les paralyser — qu’ils parvinrent à se développer.

Visant à un même idéal, ces « troupes libres », ces » oiseaux errants », ces groupes d’écoliers se rapprochèrent peu à peu sous l’impulsion, sans doute, du goût violent qu’ont les Allemands pour l’association. Au mois d’octobre 1913 ils fusionnèrent au cours d’une cérémonie qui eut lieu en pleine nature sur le Hohen Meissner, petite montagne de Thuringe et le nom de Wandervögel servit pour les non-initiés à désigner ces excursionnistes qui parcouraient en groupe les routes d’Allemagne et d’Europe. L’on vit alors des troupes d’hommes, d’enfants mêlés souvent à des jeunes filles qui allaient sans ordre, sans uniformes, chantant, accompagnés de guitares enrubannées ou de violons, les vieux lieder du folklore germanique et les chansons de route que les lansquenets répandirent dans toute l’Europe.

Le soir, formant le cercle autour de grands feux, ils chantaient encore avant de s’endormir sous leurs abris de toiles. Un seul lien les unissait : l’amitié formée dans la rude égalité du sac sur le dos, dans la fatigue des longues étapes sous le soleil ou la neige, dans l’ardent désir de mener une vie plus en rapport avec leur jeunesse, plus naturelle, en un mot plus humaine.

Chaque groupe de cette vaste fédération qui réunit jusqu’à 50 000 membres en 1914 était absolument autonome, ce qui ne tarda pas à susciter des rivalités entre eux et, entre les chefs, des conflits dus à un manque de direction centrale. De même dans chaque « Horde » la personnalité de chacun était respectée et pouvait, débarrassée des contraintes qu’apporte la civilisation urbaine, atteindre son maximum de développement. Sans avoir de nuance politique bien définie, ce mouvement s’élevait contre le conservatisme étroit et belliqueux et le considérait comme une belle façade derrière laquelle il n’y avait plus rien. C’est ainsi qu’à lena en 1912, les Wandervögel refusèrent de s’associer à la « journée de Sedan » alors fête nationale, parce que telles manifestations ne répondaient pas à leur tendance.

Lorsque survint la guerre, les Wandervögel, préparés à la vie rude des combats par leurs activités pacifiques, se firent remarquer par leur belle conduite et la plupart de leurs chefs restèrent sur les champs de batailles de Russie et de France.

La paix revenue, dans les années dramatiques que vécut l’Allemagne, la jeunesse fut déchirée par les discordes civiles. Cependant, à force d’énergie, sa volonté de vivre conformément aux idées que nous venons d’exposer, triompha de tous les obstacles et parvint à créer une grande « Ligue de la Jeunesse » (Die Bundische Jugend) qui groupa la plupart des mouvements de l’après-guerre : scoutisme, Wandervögel, mouvements confessionnels, sociétés de gymnastique, etc. Malgré cela le bel idéalisme d’avant-guerre était mort, le feu sacré du Wandern était éteint. Divisée entre les partis politiques, hésitante sur la route à suivre la jeunesse était une proie offerte au chef qui saurait mettre la main sur elle.

Depuis 1922 et parallèlement à cette décadence des mouvements de jeunes, la Hitlerjunge se développait au milieu des sarcasmes des autres groupements et de la pitié méprisante du gouvernement républicain, nul ne pensant alors qu’elle permettrait un jour aux jeunes Allemands de réaliser l’idéal de vie naturelle dont ils rêvaient en vain.

Nous entrons cependant dans l’histoire du mouvement national-socialiste auquel la jeunesse hitlérienne est intimement liée et qui n’est qu’un combat pour parvenir au pouvoir et rendre au peuple allemand la conscience de sa race et de sa dignité.

Contrairement aux mouvements dont nous avons palé précédemment, celui de la H J. est essentiellement politique, ce qui explique son peu de succès au moment où personne ne voyait en Hitler le maître futur de l’Allemagne. Voici d’ailleurs des chiffres assez probants ; alors qu’en 1925, l’année de sa formation, la Bundische Jugend groupait environ 100 000 adhérents, la H. J. qui avait déjà trois ans d’existence ne comptait guère qu’une centaine de membres.

Notre rôle n’est pas de raconter ici les combats du parti national-socialiste, mais de dépeindre d’après des témoignages vécus quelle fut la vie de la H. J.

Avant 1933, l’action des jeunes hitlériens était, avec plus de violence, celle des militants actifs, de nos partis politiques : distribution de tracts, affichages de placards et de papillons, tournées de propagande dans les milieux ouvriers et paysans, bagarres de rue avec les marxistes au cours desquelles le sang coulait presque journellement, chacun étant prêt à payer de sa vie le dévouement à son idéal ou la défense des intérêts de sa classe. Mais il faut remarquer que jamais Hitler ne fit à ses fidèles des promesses semblables à celles du communisme. Il en appela au sentiment national des jeunes et à leur esprit patriotique sans rien leur promettre de positif si ce n’est la fusion de toutes les classes sociales dans l’immense et unanimiste communauté du peuple allemand : la Volksgemeinschaft. Il demandait pour atteindre ce but de sacrifier le présent à l’avenir, et cela sans prendre la défense des intérêts particuliers de la classe prolétarienne aux dépens du reste de la nation, sans laisser espérer d’améliorations immédiates du sort matériel de l’Allemagne.

Cette jeunesse combattante, dirigée par d’anciens combattants, a comme héros et comme modèles les soldats de la guerre et de l’après-guerre : les Schlageter, les Horst Wessel, les Herbert Norkus martyrs — à ses yeux — de leur patriotisme et de leur dévouement au parti. Ses sentiments envers la France que le culte de Schlageter laisse deviner sont les mêmes que ceux de son chef qui vient d’écrire « Mein Kampf ». C’est une jeunesse traquée, chassée des écoles et des ateliers lorsqu’elle avoue ses sympathies politiques, maltraitée à l’usine par les représentants syndicalistes et leurs séides qui profitent de la faiblesse d’un gouvernement démagogique pour se livrer à la violence.

Aussi le mouvement national-socialiste gagne-t-il sans cesse du terrain, le gouvernement qui avait jusqu’alors affecté d’en rire comprend le danger et se fâche. Après une interdiction concernant le décorum extérieur, qui tient une grande place dans la propagande du parti, le ministre Groener prend le 13 avril 1932 un décret supprimant la Hitlerjugend. La réponse d’Hiller ne se fait pas attendre et un défilé monstre réunit à Postdam 150 000 jeunes sympathisants sous les drapeaux à croix gammée. La progression de la jeunesse nationale-socialiste a suivi jusque là celle du parti, elle comptait en 1925 : 100 membres, en 1926 : 200, en 1928 ; 800, en 1930 : 1 800, en 1932 : 6 400.

Nous arrivons à la prise de pouvoir par Hitler : 1933, date qui marque dans l’histoire politique le triomphe du régime totalitaire en Allemagne, est une année capitale dans l’histoire de la jeunesse mondiale ; car elle va voir se réaliser la plus gigantesque mainmise sur les jeunes générations qui ait jamais été tentée par un gouvernement. En un an (1933-1934), nous voyons le nombre des membres de la H. J. bondir de 15 000 à 1 500 .000, il atteindra et dépassera les 6 000 000 en 1937.

Il est évident que cette évolution soudaine ne s’est pas produite sans changer profondément l’esprit du mouvement. Jusqu’alors les directives du chef de la H. J., M. Baldur von Schirach, camarade de Hitler dans sa lutte pour le pouvoir, pouvaient se répandre facilement dans les rangs des troupes. Avec 6 000 000 d’adhérents, la question va se compliquer. Ces masses d’enfants et de jeunes gens venues de tous les camps et appartenant à tous les milieux ne réaliseront pas du jour au lendemain le type idéal du jeune hitlérien : combattant qui se dresse contre le communisme et la réaction désuète pour porter à son plus haut point de développement la race et la puissance allemandes. Il va donc falloir prendre bien en main toute cette jeunesse et pour cela organiser et hiérarchiser l’Association. Voici un bref résumé de cette organisation :

À l’intérieur du parti national-socialiste sont réunis sous le nom de Jeunesse Hitlérienne un ensemble de mouvements qui groupent dans leurs rangs les jeunes allemands et allemandes de 10 à 18 et 21 ans.

La Hitlerjungend proprement dite pour les adolescents de 14 à 18 ans.

Le Deutsches Jungvolk (Jeune peuple allemand) pour les enfants de 10 à 14 ans.

La Ligue des jeunes filles allemandes (Bund der deutscher Mädel) fait elle aussi partie de la jeunesse hitlérienne et réunit les jeunes filles de 15 à 21 ans, — la Jungmädel, les fillettes de 10 à 15 ans.

Le mouvement ne constitue pas une masse amorphe et difficilement maniable ; il se répartit en un certain nombre de divisions territoriales de moins en moins étendues avec des chefs responsables à leur tête. Ces régions se divisent en districts et en troupes d’une quarantaine de garçons et celles-ci en patrouilles qui posent le nom significatif de « Camaraderie » (Kameradenschaft). Le tout est soigneusement hiérarchisé et placé sous les ordre d’un quartier général qui siège à Berlin, et de M Baldur von Schirach qui est chef suprême du mouvement et responsable devant le Führer.

La Kameradenschaft est une petite cellule où règne un esprit authentique de camaraderie et une égalité qui efface facilement chez les jeunes gens toutes les distinctions d’origine, premier degré de cette montée que veut gravir l’Allemagne vers la Volksgemeinschaft. Des conférences politiques, des interrogations à bon escient, l’assistance aux meetings du parti et aux réunions de jeunes donne au gouvernement l’assurance que ses directives parviendront jusqu’au dernier des jeunes hitlériens et seront — bien ou mal — assimilées.

La mission politique de cette association est de faire du jeune allemand un combattant national-socialiste, en fait il devient l’instrument d’une révolution qui s’installe et qui veut durer, d’une collectivité qui lui impose ses lois, l’animal du troupeau, le Herdentier que le national-socialisme emprunte à l’idéologie nietzschéenne.

Quoi qu’il en soit, l’activité politique d’un parti et sa force d’expansion ont beau être exceptionnelles, elles ne peuvent attirer d’un seul coup plusieurs millions de jeunes gens si elles ne sont pas appuyées par autre chose. Aussi, d’une part, le gouvernement hitlérien a-t-il supprimé la plupart des organisations de jeunes, concurrentes de la sienne, — mettant ainsi leurs membres dans l’impossibilité d’exercer leur activité, — et d’autre part, pour attirer ces derniers il a organisé un gros battage publicitaire, et fait miroiter toute une série d’activités sportives, de distractions et d’avantages divers. Le mouvement de la H. J. n’admet en effet que des volontaires. Nous connaissons personnellement de jeunes allemands qui n’appartiennent pas au parti et qui, après avoir refusé d’y adhérer malgré des sollicitations nombreuses, n’ont pas davantage été inquiétés.

Mais ces volontaires trouvent à faire partie de la H. J. toute une série d’avantages : tout d’abord, n’oublions pas le goût des allemands pour l’uniforme ? Lorsque le père se promène habillé en milicien des sections d’assaut, il est normal que le fils trouve du plaisir à revêtir une belle chemise brune couverte d’insignes, un beau foulard noir et une culotte du plus gracieux effet. Le goût des parades militaires, des fifres, des cliques, des défilés est également satisfait et il n’est pas rare de voir déambuler dans les rues un petit bonhomme de dix ans avec sur le dos un tambour ou une trompette aussi grande que lui. D’un point de vue plus pratique le jeune hitlérien a des facilités pour trouver des places dans les usines et les administrations toutes plus ou moins contrôlées par l’Etat. Le lycéen a des cercles d’étude et de nombreuses facilités pour son travail et ses congés. Possibilité de satisfaire le goût du Wandern et de partir camper ou de faire du sport à des prix défiant toute concurrence, etc. et enfin voici la note sentimentale, indispensable pour tout bon allemand : plaisir de trouver de franches camaraderies parmi des garçons de son âge et parfois des amitiés plus profondes encore et peut-être plus particulières.

Ces différentes raisons expliquent pourquoi tant d’adhérents des organisations d’avant 1933 affluèrent vers la Hitlerjungend désormais seul groupement officiel en Allemagne.

Les activités des camps et des voyages préparent le jeune hitlérien à devenir un bon travailleur dans le Service du travail (Arbeitsdienst) et un bon soldat dans l’armée nationale, mais nous croyons pouvoir affirmer que tant que le jeune homme ne fait pas partie des milices hitlériennes il ne touche pas à un fusil et ne fait pas de service en campagne. Il est simplement préparé indirectement aux activités qu’il aura durant son service militaire par l’habitude de la vie au grand air, les longues étapes parcourues sac au dos de jour comme de nuit, à pied, à bicyclette ou à motocyclette, car la H. J. compte des formations motorisées.

À part son idéal politique elle n’a rien apporté de nouveau aux mouvements de jeunesse, elle a repris au contraire à ceux qui l’ont précédée le sentiment de la nature qui devient presque automatiquement outre-Rhin une religion panthéistique.

Dans cet ordre d’idées encore on a, en France, beaucoup exagéré les choses : les attaques contre les religions établies sont violentes du point de vue dogmatique, mais les catholiques et les protestants sont libres de suivre leurs offices religieux et nous avons vu à plusieurs reprises des troupes de H. J. assister à la messe avec leur chef. La question israélite ne se pose évidemment pas : les juifs ne sont pas admis dans la Hitlerjungend.

Utilisant le travail fait avant elle par d’autres groupements, la jeunesse hitlérienne a remis en honneur les chants et les danses du terroir allemand et pratique les mille et une activités que la diffusion du scoutisme a permis de répandre aujourd’hui dans toutes les jeunesses, du monde.

Ainsi le violent courant d’agitation politique qui existait avant 1933 s’est perdu dans l’énorme masse des jeunes hitlériens de 1937 et de nos jours, leur état d’esprit est analogue — le chauvinisme en plus — à celui des autres fédérations de jeunes qui existent dans le monde.

Nous arrivons dès lors au dernier point de notre étude, peut — être celui qui est le plus brûlant d’actualité : les conceptions politiques de la H. J.

Sa politique intérieure est celle du parti national-socialiste dont elle suit à la lettre les directives, mais ses idées de politique extérieure sont beaucoup plus intéressantes et plus imprévues. Depuis 1933, elle est parcourue par un courant qui se rattache sans doute aussi au mouvement Wandervögel et que nous appellerons, quoique l’expression puisse paraître paradoxale : l’internationalisme dans le cadre national.

Nous avons connu à Düsseldorf un jeune professeur de lycée qui amena ses élèves jusqu’à la côte dalmate et une autre fois dans le Nord de la Laponie : bonheur de planter sa tente plus loin que le dernier peuple de l’Europe et de se sentir seul face à l’infini septentrional. D’autre part les « Éclaireurs allemands » participèrent avant leur dissolution par le gouvernement national-socialiste aux Jamboree de Norvège et d’Angleterre. De tels voyages eurent un grand retentissement, et nombreux furent les jeunes allemands qui rêvèrent à de semblables randonnées. Lorsque forcés par les événements, ils s’enrôlèrent dans la Jeunesse Hitlérienne, ils ne renoncèrent pas à ce rêve. Aussi, suivirent-ils avec enthousiasme leur führer, quand renonçant à retenir ses « jeunes » en Allemagne il songea à rétablir le contact avec ceux des autres nations. C’est vers la France — pays sans doute le plus envié et le plus admiré par les Allemands que se tournèrent les regards de cette jeunesse d’après-guerre. Loyalement essaya de se rapprocher des jeunes Français, et, plus qu’un rapprochement, elle s’efforça de réaliser une entente. Depuis 1934 les échanges, les cours de vacances, les camps franco-allemands se multiplièrent approuvés par les deux gouvernements. Nous avons pris part à ces expériences et constaté, avec joie, l’accord qui régnait entre les jeunes hommes des deux pays, souvent moins sectaires que les vieux politiciens. Car ils ont moins d’intérêts particuliers à défendre, moins de rancunes personnelles à assouvir. Nous n’insisterons pas sur cette idée mais les faits sont là : des fils et des filles d’anciens combattants français ont vécu pendant plusieurs semaines et cela chaque année, même en période de tension internationale, en parfaite intelligence avec des fils et des filles d’anciens combattants allemands.

En octobre 1937 la revue Wille und Macht, organe officiel de la Jeunesse hitlérienne, a fait paraître en français et en allemand un numéro consacré au rapprochement franco-allemand dans lequel les signatures de MM. Camille Chautemps et François Poncet voisinent avec celle de Baldur von Schirach et Welczek. La question est exposée avec une clarté et une équité qui laissent espérer qu’un jour prochain la volonté de paix et de fraternité qui animent les jeunes de France et d’Outre-Rhin leur permettra de réaliser leur rêve et d’aller partout où ils voudront, dans une Europe pacifiée, réaliser le « Wandern » de la paix.

Nous voulons cependant, pour ne pas nous endormir dans cette idyllique perspective, rappeler encore une fois que la Hitlerjungend est entièrement dans la main de ses chefs et prête à leur obéir aveuglément. Voici le serment que son chef Baldur von Schirach prêta au nom de ses troupes au Führer lors des journées nationales de Nüremberg :

« Nous sommes prêts à vivre, à agir et, s’il le faut, à mourir pour vous, car vous êtes l’Allemagne, Adolf Hitler. »

Ainsi la jeunesse allemande abdique entièrement sa volonté sincère de paix entre les mains de celui dont elle porte le nom ; le guide et le maître des peuples, le chancelier du Reich, Adolf Hitler.

Jean Dibie. Décembre 1937, La Grande revue

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