Rien n’est plus jeune qu’une vieille chanson

Les Français ne savent plus chanter !

Comme nous, vous l’avez observé sur les bancs de l’école, au sein de la famille ou dans les groupes de jeunes. Souvent : gosiers aphones, yeux à terre, jambes molles. Aussi, pays des troubadours et des joueurs de vielle, la France est-elle bien près de perdre la vraie joie, qui se rencontre sur les lèvres des jeunes gens et des jeunes filles.

Nous devons redonner aux jeunes le goût du chant. Car tout ce qui s’attache profondément au cœur de l’homme a besoin d’être exprimé — et, quand on est jeune, d’exploser en chansons. Le chant, c’est l’expression de l’âme, c’est la joie du cœur.

Voilà l’origine de nos belles chansons françaises : chants de marins et de soldats, vieilles chansons de métier. En les chantant, nous nous sentions plus forts, et plus purs.

Mais nous avons entendu assez de « braillards » pour savoir que notre chant doit être de qualité.

Parce qu’entre nous autres, jeunes, nous chantons tout le temps — à la veillée, comme sur la route, ou au défilé — et que ce que nous chantons exerce une influence considérable sur notre goût et sur celui des gens qui nous entendent.

Nous nous proposons de donner dans cet article quelques conseils pour faire chanter. Ils s’adressent au meneur de chants. C’est-à-dire au chef qui en plus de son dynamisme — il en faut — possède des notions techniques, un certain sens d’adaptation aux moyens des jeunes et du goût.

Conseils pour le meneur de chants

Avant tout, réserver ou obtenir, dans l’emploi du temps de la journée, un délai assez grand pour pouvoir travailler utilement.

Pour l’apprentissage de la chanson, proprement dit :

Vérifier soi-même le texte musical. Dicter les paroles du couplet. Chanter ledit couplet en entier, puis phrase par phrase. Faire répéter, veiller aux erreurs les plus petites. Faire apprendre le texte In extenso (ça n’est pas le plus facile).

Face aux chanteurs :

Ecouter avec attention. Eliminer ceux qui chantent faux. Que toutes les voix ne soient qu’une. Faire « retenir » la voix, chanter doucement. Ne pas crier (on ne chante pas seulement pour créer de l’entrain). Enfin, lutter contre l’habitude de chanter trop bas. Chercher, au contraire, la sonorité claire.

Dans le détail :

Apprendre à respirer. Faire attaquer. Faire articuler. Donner du rythme (accentuation) à ce que l’on fait chanter (que ça ne soit pas « invertébré ». Comprendre le sens de la chanson, l’exprimer par des nuances.

En marchant :

Employer surtout les chansons à répétitions. Pour cela, diviser la troupe en deux groupes. Dans les petites équipes, on peut faire chaîner un soliste, capable d’interpréter. Marcher au pas. Arrêter le chant dans les chemins montueux ou malaisés. Choisir des chansons propres à la marche. Ne pas abuser du chant.

Le chant choral

Quand on sera arrivé à de bons résultats à l’unisson, on pourra essayer du chant choral, mais seulement avec des volontaires. Car c’est beaucoup plus difficile. Le chant à l’unisson peut être spontané. Le chant choral exige du travail. Il ne faut donc réunir dans ce but que les chanteurs capables d’effort et de discipline. Ceci est de loin le plus important : plusieurs voix médiocres peuvent former un chœur ; de belles voix indisciplinées en sont incapables.

Bien équilibrer les parties : ténor, baryton, basse. Ne supprimer aucune partie d’une harmonisation qui a été écrite à quatre voix. Ne pas faire chanter par un chœur d’hommes [voix égales] des harmonisations écrites pour voix mixtes. Commencer par des canons où, dans chaque partie, seront mêlées les voix [attention au départ de chaque partie ; respecter le nombre de parties indiqué : un canon a quatre parties ne donne rien chanté à trois]. Se faire aider dans les répétitions par un chanteur solide pour chaque partie. Disposer les chœurs en carré plutôt qu’en cercle. Diriger avec netteté. Interpréter : de la sensibilité, des nuances. Pas trop. En général, les moyens ne sont pas grands !

Devant le public [quand ça marche tout à fait] : bien se présenter, avoir le sourire, être simple. Il est préférable que le meneur de chant tourne le dos au public et dirige nettement plutôt que les attaques ou le rythme laissent à désirer. De la tenue, de l’ordre, entre chaque chant : il n’y a qu’un seul chef.

Mimer les chants : que ça ne soit pas un système, le faire avec sobriété et aisance, et le moins possible ! C’est en effet périlleux si l’on n’a pas une bonne pratique de l’art dramatique.

«… La joie élève »

Chanter, c’est proclamer son courage, sa joie de vivre. Chanter en chœur, c’est chanter et écouter les autres. C’est notre premier moyen d’expression d’équipe. C’est le premier et c’est le plus tonique. Combien de jeunes reçoivent la révélation de la vraie joie du chant collectif ! Joie exaltante qui purifie. Joie solide qui scelle l’amitié. Joie grave qui apprend la sagesse.

Nos chansons limpides et claires que les jeunes recueillent et vont replanter dans les villages où elles s’étaient passées, ou les retrouvent du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, dans leur bonhomie, leur naïveté, leur honnêteté surtout. Presque toujours bâties avec un peu de rêve, et beaucoup de tendresse, elles ont cette « gentillesse » d’antan qui nous fait parfois défaut !

Heureux et sages, si nous savons, pendant une halte, nous arrêter au bord du chemin, chanter notre espoir, éclore en quelques couplets ce que la vie nous a donné !

SOURCES

Nous saurons choisir dans les chansons de travail, de guerre ou d’amour celles qui conviennent le mieux à notre groupé, celles aussi qui sont à la portée de « es moyens.

Il faut désigner sans faute dans la composition d’un feu de camp les chants qui assurent la mise en train de la soirée, de même que ceux, plus graves, sur lesquels elle se terminera.

Voici quelques chants à répétition que tous les jeunes reprendront eu chœur :

Les Cars de Locminé, La Pendriole, Jean-François, Derrière chez moi, Le Cornemuseux de Marmignol, Marie ta fille, La jolie Rochelle, V’là la Saint Martin. En suivant la route, Ville de Chambéry. Voilà quelques exemples de chants de fin de veillées :

Voici la Saint Jean, L’Alanda, Les Armaillis, Hymne à la nuit. Bonsoir et bonne nuit, Unissons nos voix, La Brume monte du sol, Quand tout se tait, etc…

Il existe aujourd’hui des quantités de recueils de chansons populaires ; à peu près chaque mouvement de jeunesse a le sien. Il n’est que de choisir. Mais un meneur de chant vraiment amoureux de son “métier” n’hésitera pas à s’en procurer plusieurs. Il y trouvera sans doute de nombreuses chansons identiques — bien que souvent retransmises selon des versions différentes —. Il découvrira aussi dans un recueil ou dans l’autre quelques chansons de métiers, de guerre ou d’amour qui sera particulièrement chère à son cœur. Il l’apprendra à ses camarades avec plus de patience encore que pour aucune autre, et sa récompense sera de les entendre, touchés par la grâce, la chanter harmonieusement.

Citons d’abord parmi les principaux., les plus anciens :

Le Montjoie, Le Roland, Le Coq, chansonniers scouts qui s’adressaient à des publics définis. Beaucoup de chansons à plusieurs voix dans le premier. Des mutilations ou des adaptations fâcheuses dans les deux suivants. Puis La Clef des chants, qui fut un recueil utile, mais qui compte trop de mauvaises versions, et le Jardin des chansons, destiné surtout aux écoliers. Plus récents sont le Chante, chante et le Chansonnier des éclaireurs, ouvrages également sérieux, adaptés aux exigences actuelles des jeunes et que nous recommandons avec les Chansons de marins. N’omettons pas les Alouettes, feuillets détachables, édités mois après mois, qui ont contribué à “lancer” beaucoup de bonnes chansons. Les dernières publications sont Chantons le travail, Chantons au vent, où l’illustration publicitaire a pris une place importante. Ces recueils, plus spécialisés, ont d’ailleurs bien faits. Enfin nos Chansons pour les Jeunes, recueil sommaire, précédé d’excellents conseils. Signalons également les Cahiers de chant choral. Enfin, Ronart et Lerolle, éditeur à Paris, ont entrepris la publication de séries de petits cahiers qui contiennent soit des marches, soit des chants à plusieurs voix, soit des chants de métier. Ajoutons que tout meneur de chant tirera le plus grand profit de la lecture du petit livre de William Lemit Fais-nous chanter, que nous avons souvent consulté !

La chanson est un élément de confiance, une marque d’enthousiasme et de foi. Ne laissons pas s’envoler l’occasion !

Pierre COGNACQ. Franc-Jeu, 30 octobre 1943

1943-10-30_Franc-jeu_ _rien n'est plus jeune qu'une vielle chanson

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