LE RETOUR A LA TERRE

Un jeune paysan nous a envoyé ce message émouvant et simple.

Vous, jeunes amis citadins, qui comme nous, vibrez à la poésie de Giono, qui sentez dans vos veines les effluves de vie vous agiter comme le font les grands arbres de nos collines, vous dont le désir est que la vie de l’homme ne soit pas séparée de la nature, mais au contraire ne fasse qu’un avec elle, vous continuez à habiter la grande ville, malgré les aspirations de votre esprit. Je voudrais, terrien de toujours, pouvoir contribuer à cette réalisation de votre rêve en vous disant ce qu’une formation toute paysanne m’a appris. Si vous sentez en vous cette vocation, il faut auparavant que vous appreniez à extraire ces joies réelles et profondes qui tapissent notre existence. Mais il vous faut connaître aussi la part que l’on doit faire au travail dur, certains disent ingrat. Je le considère seulement comme juste, car il nous paie seulement la peine que l’on s’est donnée. Et la joie naît de cette collaboration constante que vous avez avec la nature, l’aidant contre les forces mauvaises qui cherchent à l’amoindrir, dans sa besogne nourricière. Pour, pouvoir jouir pleinement des joies simples que cette belle nature vous procure et en sentir aussi toute la grandeur, il faut pouvoir trouver dans le travail que vous réalisez, une suffisance de vie matérielle qui vous permettra d’être moins esclave de votre ventre et surtout qui donnera à votre esprit la liberté de s’élever davantage. Votre vie peut alors atteindre une sérénité qu’on ne trouve pas ailleurs. Vous rencontrerez un bonheur si uni que les choses viles ou basses ne pourront vous atteindre et comme l’atmosphère que vous y respirez, tout y sera clair et limpide.

C’est pourquoi, si vous venez à la terre, ayez soin de la choisir généreuse. Ne vous enthousiasmez pas trop pour une vie simplement corporelle, il n’y a pas que la seule nourriture du corps qui compte. Il faut à chacun un certain superflu pour agrémenter sa vie. Une vie trop misérable, trop terre à terre enlèverait toute liberté à notre esprit. Avant de tenter quoi que ce soit, il faudra donc vous préparer longuement et minutieusement, physiquement et plus encore moralement. L’homme n’est pas un animal, il a deux vies, ne l’oubliez pas. Gardons-nous donc d’augmenter l’une au détriment de l’autre.

S. Allemand, à Villes-sur-Auzon.

Tribune des Jeunes, Marianne, 19 octobre 1938

1938-10-19_Marianne_Retour à la terre
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