Les « oiseaux migrateurs » et les « jeunes éclaireurs » – 1910

Quelques personnes me demandent des détails sur les Wandervögel (oiseaux migrateurs) allemands. Elles ont appris avec surprise que l’Angleterre et la France ont déjà reçu leur visite. Rien n’est cependant plus exact. Ces jeunes Allemands forment des sociétés qui ressemblent extrêmement à celles des boy-scouts britanniques.

Une bande de Wandervögel a visité toute l’Ecosse l’été dernier; ces adolescents germaniques, le bâton à la main et le sac au dos, ont couru les grandes routes et ont couché le plus souvent sous la tente ; ils ont été très cordialement reçus tant par les municipalités écossaises que par des délégations des boy-scouts. Finalement, un groupe de Wandervögel est venu jusqu’à Paris, où il a été photographié par le journal le Foyer à l’Ecole (numéro du 15 août 1909). Ces quelques détails suffiront à montrer, je le pense, que les sociétés de boy-scouts et de Wandervogel ne rappellent en rien nos anciens bataillons scolaires, comme plusieurs personnes mal informées l’avaient cru.

Les boy-scouts et les Wandervögel ne portent ni fusil ni sabre ; ils ne font pas l’exercice ; ils ne défilent au son d’aucun clairon. Ils exécutent de longues marches à travers la campagne, tout en s’efforçant de faire une série de remarques analogues à celles que pourrait noter un habile éclaireur, et ainsi se trouvent développées leurs facultés d’observation et d’initiative. Ils campent en plein air et se plongent en pleine nature : ils mènent l’existence du chasseur, du trappeur, du coureur de bois. Ils reçoivent en outre une éducation morale dont j’ai dit ici même les caractéristiques si remarquables.

Au printemps prochain, les boy-scouts anglais vont être passés en revue par le roi Edouard VII. Cet honneur, qui augmentera considérablement le prestige de l’œuvre entreprise par le général Baden-Powell, pourra néanmoins contribuer à retarder le voyage d’un groupe des boy-scouts dans le sud de la France, pour répondre à l’invitation de la ville de Pau, dont j’ai parlé. Quant à la question de savoir si l’on parviendra un jour à organiser en France des sociétés d’adolescents qui ressembleraient plus ou moins aux patrouilles de boy-scouts britanniques ou aux groupes de Wandervögel allemands, c’est là le secret de l’avenir. L’idée fait rapidement son chemin et séduit de plus en plus l’opinion. Voilà tout ce qu’on peut en dire aujourd’hui.

Manuel général de l’instruction primaire, 22 janvier 1910

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