1942: Bilan d’une année – Jeunesse et Montagne

Le sport, dans le sens courant que l’on donne à ce mot, est l’un des principaux moyens adoptés actuellement pour l’éducation de la Jeunesse. Sa valeur réside dans le fait qu’il contribue simultanément à la formation physique et morale de ceux qui le pratiquent.

A « Jeunesse et Montagne », il constitue l’une des activités de base ; et, du fait de la dominance dans tous les domaines du facteur « Montagne », il revêt un aspect particulier qui se manifeste sous la forme de ski, d’alpinisme et d’éducation physique suivant les saisons et les lieux.

Le ski est la meilleure école d’endurance et d’audace. La descente cultive le goût du risque et l’esprit de décision, les passages en forêt exigent l’adresse et la spontanéité des réflexes ; le franchissement des obstacles apporte l’audace raisonnée et la maîtrise de soi.

Ces qualités morales, le véritable skieur les aura acquises ou perfectionnées, en plus de ses connaissances techniques et d’une véritable science de la Montagne.

Jeunesse et Montagne - Bilan d'une année - 1942
Jeunesse et Montagne – Bilan d’une année – 1942

A ces qualités-là, l’alpinisme, qu’il soit d’hiver ou d’été, ajoute celles qui s’acquièrent par la lutte : patience, ténacité, mais aussi prudence et réflexion ; par la vie en commun au milieu des dangers et des peines : solidarité et entraide ; au contact de la nature : sensibilité et frugalité. Mais son trait dominant réside dans l’effort constant pour s’élever, dont le caractère physique finit par avoir une répercussion spirituelle profonde, qui se traduira par la recherche d’un idéal supérieur et l’évasion d’un matérialisme mesquin.

L’éducation physique enfin, préparation et complément du ski et de l’alpinisme, développe au plus haut point l’esprit d’équipe, l’ardeur combative, le goût de la lutte et l’endurcissement moral à la souffrance.

Jeunesse et Montagne - Bilan d'une année - 1942
Jeunesse et Montagne – Bilan d’une année – 1942

L’année qui vient de s’écouler a été bien marquée, chez les Chefs de « Jeunesse et Montagne », par le ferme désir de réaliser ces buts. C’est à l’avenir qu’il appartiendra de sanctionner leurs efforts. Malgré l’implantation tardive de « Jeunesse et Montagne », la saison d’hiver 40-41 fut couronnée de succès grâce à l’équipement excellent, aux moniteurs de choix dont disposaient les Centres et à la méthode suivie. Les 1000 Jeunes que totalisaient alors le Mouvement, et qui, par leur âge, leur origine et leurs conditions de vie, constituaient une élite physique, furent initiés progressivement à la pratique du ski qu’ils ignoraient jusque-là, totalement pour la plupart. Les championnats qui se déroulèrent à l’Alpe d’Huez, en mars, donnèrent aussi bien aux spectateurs profanes qu’aux milieux compétents, la preuve que l’hiver avait été bien employé et qu’une saison avait suffi pour former des skieurs très honorables, et développer chez tous, avec l’amour de la montagne et le goût de l’effort, un esprit d’équipe puissant.

Jeunesse et Montagne - Bilan d'une année - 1942
Jeunesse et Montagne – Bilan d’une année – 1942

Les raids de printemps allaient confirmer ces qualités de manière plus éclatante encore. Alors que chaque Centre abandonnait des horizons familiers pour aller sillonner tous les hauts massifs des Alpes, une caravane de 26 skieurs, choisis parmi les jeunes n’ayant pas un entraînement spécial, partait le 17 avril de Beaufort-sur-Doron à destination de Chaillol (Hautes-Alpes), reliait la Savoie du Nord au Champsaur et rentrait après un circuit total de 600 kilomètres en franchissant 23 cols, dont cinq à plus de 3100, avec un chargement moyen de 17 kilos. De tels résultats se passent de commentaires.

Avec l’arrivée de l’été, il fallut bien se résigner à reléguer au magasin les skis jusqu’à la saison prochaine. Et l’on passa à d’autres activités. Déjà l’école d’escalade et les petites courses dans le voisinage avaient commencé. Mais cette fois, on se heurtait à de sérieuses difficultés : un équipement insuffisant : pas de chaussures de montagne, peu de crampons, de piolets, d’espadrilles, de matériel de bivouac, des emplacements de Centres souvent fort éloignés de la Haute-Montagne – et quelquefois même de la moindre école d’escalade – enfin un important programme de travaux de construction et d’aménagement, qui absorbait complètement les effectifs et ne permettait guère de relâche. Malgré toutes ces conditions défavorables, grâce au dévouement et à la prudence des moniteurs, à la ténacité des chefs, les plus intéressants sommets de tous les grands massifs furent à tour de rôle gravis, tantôt par de nombreuses caravanes par des voies faciles, tantôt par quelques cordées expérimentées par des itinéraires inédits difficiles.

Jeunesse et Montagne - Bilan d'une année - 1942
Jeunesse et Montagne – Bilan d’une année – 1942

Les ascensions les plus intéressantes réalisées par les cordées de « Jeunesse et Montagne » au cours de la saison furent :

Dans le massif de Chamonix : Le Mont-Blanc, l’Aiguille du Plan, Blaitière, le Grépon Mer de Glace, la Dent du Géant, Mummery-Ravanel, les Courtes, Pointe Isabelle du Triolet, petite Verte, le Moine, l’M et les petits Charmoz.

Dans le Beaufortain : la Pierra-Menta, les Aiguilles de la Nova et du Grand-Fond, les clochers de Gargan, le roc Presset.

En Vanoise : La Grande Casse, la Glière, les Arêtes de l’Epéna, le Grand Bec de Pralognan, la Pointe du Dard Réchasse, les Aiguilles de l’Arcellin.

Dans le massif de Péclet-Polset : Le Dôme et l’Aiguille de Polset, les Aiguilles du Borgne, la Pointe de l’Echelle, les Aiguilles Doran, du Fruit, du Corneiller.

En Belledonne : La Croix, la Grande Lance de Domène, la Grande Lauzière.

Dans les Sept-Laux : Le Rocher Blanc, le Bec de l’Arguillier, les Grandes Aiguilles d’Argentières.

Dans les Grandes Rousses : le Pic Bayle, la Pyramide, le Pic Blanc, la Septentrionale d’Arves.

En Oisans : La Meije, la Grande Ruine, les Ecrins, Neige Cordier, Roche Faurio, le Fifre, le Coolidge, le Pic Jenny, la Tête de Carrière, le Vaxivier, le Gioberney, les Bans, les Rouies, la Muande, la Cime du Vallon, l’Olan, les Arias, les Aupillaux, le Pic Jocelme, le Sirac, les Bœufs Rouges, le Pelvoux, les Agneaux.

Jeunesse et Montagne - Bilan d'une année - 1942
Jeunesse et Montagne – Bilan d’une année – 1942

Alors que certains de ces sommets ne virent qu’une seule cordée (Grépon Mer de Glace, Mummery-Ravanel, etc.), certains autres, classés de difficulté moyenne reçurent plus de 150 visiteurs dans la saison.

Enfin, des explorations régionales firent connaître aux équipes les vallées du Vénéon, de la Vallouise, du Valgaudemar, du Valjouffrey-Valsenestre, du Queyras et de l’Ubaye. Pendant ce temps, dans les Centres, l’Education physique battait son plein sous forme de séances Hébert, de grands jeux, de séances de sports individuels et collectifs, de parcours variés, le décrassage matinal étant depuis longtemps passé dans les mœurs de tous. Avec la venue de l’automne, les courses se firent plus rares, et bientôt cessèrent afin de permettre la préparation de l’hivernage.

Puis ce fut le second hiver de « Jeunesse et Montagne ». Moins enneigé que le précédent, il trouva les Centres avec des effectifs doublés, un équipement moins complet, des équipes de compositions moins homogènes. Le ski fut de nouveau l’activité essentielle. Tandis que les cours battaient leur plein dans les différents centres, chaque groupement entraînait soigneusement ces équipes de compétition, la Savoie, au Bettex au-dessus de Saint-Gervais ; le Dauphiné à Serre-Chevalier, au côté de l’équipe de France.

Au rallye des Alpes françaises, l’Equipe du Groupement Dauphiné se classait seconde, après avoir mené au classement général jusqu’à l’avant-dernière étape, et fait longtemps figure de vainqueur, tandis qu’à Valloire, aux Championnats de Savoie, « Jeunesse et Montagne » enlevait les premières places à la descente, au combiné descente-slalom, au saut, au combiné quatre épreuves.

Voici donc le bilan de dix-huit mois de sports à « Jeunesse et Montagne ».

Les conclusions ?… Demandez-les aux Volontaires qui, terminant leurs huit mois, soupirent en pensant aux besognes monotones, à la vie difficile, au climat maussade, aux restrictions sévères qui les attendent en bas… Mais les fatigues, appréhensions, les durs travaux, les petits ennuis rencontrés depuis huit mois, tout cela disparaît pour laisser la place au souvenir des belles journées de soleil, des joyeuses veillées, où se sont scellées des amitiés solides, de toute cette vie en équipe qui a marqué chaque caractère et chaque cœur d’une empreinte profonde.

Chef ROUILLON (1942) – Responsable Montagne

Nous de Jeunesse et montagne 1940-1944, éditions Publialp,1999, 224 pp

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