Vingt-cinq ans après le Congrès de Bierville — L’auberge de la jeunesse « l’Épi d’Or » renaît

Dimanche, après avoir sillonné les routes de l’Île-de-France, une caravane gravira les collines de Bierville pour y retrouver le souvenir du Camp de la Paix et inaugurer, avec le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Maurice Schumann, la première Auberge de la Jeunesse française, « L’Épi d’Or », construite par Marc Sangnier et restaurée cet été, après les dévastations de la guerre

Il y a vingt-cinq ans, dans la même vallée de de la Juisne sous tes mêmes ombrages, s’achevait le mois international qui, avec le circuit des « Pèlerins de la Paix », les Semaines d’étude sur les conditions de la paix et surtout le VIe congrès démocratique international pour la paix avait attiré cinq mille congressistes appartenant à trente-trois nations.

On a connu, depuis, d’autres manifestations spectaculaires d’une tout autre ampleur. Peu, cependant, ont été aussi imposantes par leur ensemble et ont davantage frappé l’opinion.

L’initiative prise alors par Marc Sangnier et ses amis n’était certes pas inattendue : elle s’insérait dans la tradition, inaugurée dès le lendemain de la première guerre mondiale, des Congrès démocratiques internationaux pour la paix qui, partis de Paris, avaient tenu leurs assises notamment en Autriche et en Allemagne avant de revenir chez nous.

L’appel qui annonçait le congrès de Bierville était signé de trois anciens présidents du Conseil : MM. Painlevé, Herriot et Caillaux ; de treize ministres ou anciens ministres, de cent dix-sept parlementaires ; de nombreuses organisations avaient donné leur adhésion et leur concours actif, d’innombrables personnalités, venues de tous les horizons politiques ou religieux, participaient à ces assises. Il suffit de rappeler la présence et les discours, à la séance d’ouverture, de Mgr Julien, évêque d’Arras et de M. Ferdinand Buisson, président de la Ligue des Droits de l’Homme.

Une grande espérance prenait corps : l’élite de la jeunesse allemande rencontrait l’élite de la jeunesse française : toutes deux fraternisaient dans une même résolution.

Si l’avènement du national-socialisme en Allemagne devait imposer silence a cette élite, la rencontre ne fut pas, entre 1926 et 1933, sans lendemains. Il y en eut d’autres, provoquées par Marc Sangnier, au cours, notamment des Journées d’espérance qui se déroulèrent à travers la France.

Les événements n’ont pas tout détruit !

D’autres efforts n’ont pas disparu malgré les vicissitudes des temps, et c’est le cas des Auberges de la Jeunesse. Celles-ci naquirent en Allemagne. Elles furent introduites chez nous par Marc Sangnier qui donnant l’exemple, fit édifier à Bierville même, la première Auberge de la Jeunesse française : « L’Épi d’Or ». Mais la guerre dévasta « L’Épi d’Or » et au moment de sa disparition, l’an dernier, Marc Sangnier songeait à sa restauration. C’est maintenant chose faite : depuis le mois de juin, des équipes de bénévoles ont accompli cette œuvre, sous la direction et l’impulsion de M. E. St John Catchpool. C.BE., ancien secrétaire général des Auberges de la Jeunesse anglaise et président, depuis la mort de Marc Sangnier de la Fédération internationale des Auberges de la Jeunesse.

Créée, comme toutes les Auberges, pour être un foyer de rencontre entre tous les jeunes du monde, sans distinction de nation, d’opinion politique ou de confession religieuse, de classe ou d’une quelconque appartenance, un foyer de découverte, de compréhension et de respect mutuel, l’Auberge internationale de la Jeunesse Marc Sangnier, « L’Épi d’Or », est vraiment l’œuvre de cette jeunesse : six cents jeunes travailleurs, venus de seize pays, ont travaillé à sa remise en état, qui n’a été possible que grâce aux dons envoyés d’Allemagne, d’Angleterre, de Hollande, des États-Unis, du Danemark et de France.

L'auberge de la jeunesse l'Epi d'or - Boissy-la-Rivière-2019
L’auberge de la jeunesse l’Epi d’or – Boissy-la-Rivière-2019

Le gouvernement fédéral allemand, l’Association des Auberges de la Jeunesse allemandes, le Haut-Commissariat de la République française en Allemagne ont apporté une contribution importante et les aménagements qui restent à faire seront pris en charge par le secrétariat d’État français à l’Enseignement technique, à la Jeunesse et aux Sports.

En 1926. M. Barthon, délégué spécialement par M. Poincarré, avait reçu, au ministère des Affaires étrangères, les congressistes de Bierville. « Il faut, leur disait-il alors, les efforts d’une propagande attentive et d’une diligence soutenue pour dissiper les malentendus, pour éclairer les esprits et pour rassurer, par le respect du droit et des traités où il a pris sa forme, les susceptibilités si justement délicates des consciences nationale ».

Comme, alors, « aucun pays n’a plus besoin de la paix que la France. Aucun ne la veut plus ardemment, plus loyalement, plus sincèrement, non comme une nécessité passagère, mais comme le principe, la condition et la garantie de l’institution démocratique. »

Le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères de 1951 ne dira sans doute pas autre chose en célébrant la restauration de « L’Épi d’Or » et en évoquant l’action de son fondateur. Les crimes et les atrocités des guerres modernes ne peuvent que renforcer l’aspiration vers une paix moins précaire qui réclame, avec la vigilance des gouvernements et la loyauté des diplomates, la volonté des peuples eux-mêmes

… Cette paix, enfantée dans les épreuves, que symbolisera, demain comme hier, au cœur de l’Île-de-France, sur la terre de Bierville, l’Auberge internationale de la Jeunesse Marc Sangnier : « L’Épi d’Or ».

Maurice Carité. L’Aube, le 15 septembre 1951

Voir aussi:

  • L’histoire des Auberges de la Jeunesse, Marc Sangnier, Éditions ACE (2021)
  • Richard Schirrmann, Duncan M. Simpson, Éditions ACE (2021)

 

Vingt-cinq ans après le Congrès de Bierville — L’auberge de la jeunesse « l’Épi d’Or » renaît
Vingt-cinq ans après le Congrès de Bierville — L’auberge de la jeunesse « l’Épi d’Or » renaît

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