Qu’est-ce que « Jeunesse et Montagne »

On a vu apparaître à Lourdes, un beau jour, des jeunes gens qui avaient un uniforme spécial et encore jamais vu : anorak vert, golf bleu marine, béret et un écusson sur la poitrine où l’on voit un pic élancé sur fond bleu avec ces mots en lettres rouges : « Jeunesse et Montagne ». Beaucoup certainement furent très intrigués au début par cette nouveauté, mais maintenant « Jeunesse et Montagne » est connu et a acquis droit de cité dans les Pyrénées. Pourtant rares sont ceux qui savent exactement son histoire, d’où il vient, à qui il est rattaché, ses buts immédiats et lointains.

Un peu d’histoire !

« Jeunesse et Montagne » fut fondé aussitôt après l’armistice par un alpiniste convaincu avec le concours de nombreux aviateurs, décidés à participer de toutes leurs forces et de tout leur cœur au redressement du pays. Ils s’installèrent dans les Alpes, au hasard des locaux disponibles : en Chartreuse, en Beaufortin, en Vanoise, et jusqu’au Champsaur. Après un premier hiver, les résultats obtenus étaient déjà splendides, alors même qu’on était en train de rechercher une formule originale et une organisation bien adaptée aux conditions créées par la vie en montagne. Après cette période préparatoire et ses tâtonnements inévitables, les difficultés de tous ordres furent vaincues. Désormais « Jeunesse et Montagne » dépend de la Direction de l’Aéronautique civile et peut faire accomplir à ses volontaires un stage de huit mois valable comme Service National obligatoire. Trois Groupements se partagèrent les effectifs. Deux dans les Alpes, complètement organisés : Savoie et Dauphiné. Un troisième est en cours de développement dans les Pyrénées : le Groupement « Vignemale ». D’autres verront le jour dès le printemps.

Nos buts et nos moyens.

On se propose de compléter la formation physique, morale et civique d’une sélection de jeunes français de 18 à 22 ans à la rude école de la Montagne. En effet il n’y a guère de moyen qui puisse être comparé à elle dans ce domaine.

Au point de vue physique, les efforts qu’elle demande développent tous les muscles, son air pur tonifie le sang, la rudesse de la vie qu’elle impose trempe le corps et le durcit contre la fatigue, le froid, la douleur…

Au point de vue moral, elle oblige sans cesse à se surpasser, demande qu’on aime le risque et l’effort.

Au point de vue social, elle amène chacun à une conception profonde de l’entraide : elle n’admet pas l’individuel ou du moins elle est très dure pour lui et impitoyable, elle oblige à vivre en équipe, à marcher en caravane, à grimper en cordée.

Au point de vue artistique, elle livre à celui qui en est digne toutes les beautés qu’elle renferme dans ses lignes, ses couleurs : roches, eau, ciel…

La vie d’équipe est à la base de notre action. Logement, travail, sport, jeux, études et veillées sont réalisés en équipe sous la conduite d’un chef qui partage la vie des volontaires. Les chalets des équipes sont situés dans les hameaux les plus élevés des Alpes et des Pyrénées.

Les travaux sont nombreux et divers : construction de chalets et refuges, jardinage et culture, travail du bois ou du fer en atelier.

Le sport est spécifique de la montagne et comprend surtout le ski l’hiver et l’alpinisme l’été. Par ailleurs l’éducation physique est pratiquée en toute saison suivant la méthode Hébert adaptée à la montagne. Quant au ski, on a confié son enseignement aux meilleurs moniteurs de la Fédération Française de Ski qui ne professent que la seule méthode française.

Par conséquent c’est dans tous les ordres que nous influerons sur les jeunes et ils devront devenir des hommes forts, équilibrés, conscients de leurs devoirs d’hommes et de français, poursuivis désormais toute leur vie par la nostalgie de l’idéal qu’ils auront entrevu sur les hauteurs.

Organisation.

Le Commissariat des Groupements de Jeunesse et Montagne, dirige l’ensemble depuis son siège qui est à Grenoble, 9, rue Cornélie-Gémond. Au-dessous de lui, se trouvent les Groupements. Ceux-ci administrent, ravitaillent, commandent 3 Centres et 3 ou 4 Groupes chacun. L’unité de stationnement est le Groupe pour des raisons de servitudes, mais l’unité morale est l’équipe qui comprend 24 volontaires. Deux Equipes font un Groupe. En principe, pour la commodité du Commandement et du ravitaillement les Groupes sont situés dans une même vallée dans laquelle se trouve le Siège du Centre. Le Groupement sera pour la même raison au point de convergence de toutes les vallées où résident les Centres.

Au point de vue hiérarchique, nous trouvons à la tête le Commissaire-Chef avec son adjoint, puis le Commissaire-Régional, puis le Chef de Groupement qui commande les Chefs de Centres. Le Chef de Centre a sous ses ordres les Chefs de Groupe, puis les Chefs d’Equipes. Tout ceci constitue le cadre normal. Il existe le cadre latéral représenté par les Instructeurs alpins et Moniteurs alpins, les Moniteurs artisanaux et les Agents d’administration qui possèdent des rangs par équivalence. Ce sont, si l’on veut, des techniciens. Les jeunes qui font leur Service National obligatoire peuvent être nommés Chefs de patrouille. Ils commandent alors à 11 camarades et aident le Chef d’équipe dans l’exercice de son commandement.

Recrutement.

Les volontaires sont, comme leur nom l’indique, des jeunes qui sont volontaires pour faire à « Jeunesse et Montagne » leur S.N.O. Ils peuvent être appelés ; mais doivent faire acte de candidature deux mois au plus tard avant la convocation de leur série d’appel. Pour être admis, il est nécessaire d’être célibataire, d’avoir 18 ans au moins et 22 ans au plus, être né de parents français, de n’avoir subi aucune condamnation, d’être apte physiquement et de ne pas être de race juive.

Les volontaires peuvent être autorisés à prolonger leur stage jusqu’à 12 mois, ce qui leur permet de bénéficier du cycle complet annuel des activités en montagne.

Statut des Volontaires.

Pendant leur séjour à « Jeunesse et Montagne », les volontaires sont nourris, habillés, logés et équipés pour la montagne et les sports alpins. Ils perçoivent 1 fr. 50 par jour pendant les 8 premiers mois et un supplément de 8 francs pendant les 4 mois suivants. Ils peuvent obtenir une permission de 10 jours au cours de leur stage et, éventuellement, des permissions exceptionnelles dans les cas spéciaux.

Ils peuvent en outre acquérir le diplôme de Moniteurs auxiliaires dans des Ecoles spéciales. D’autres Ecoles leur permettent après un stage, d’accéder dans les cadres du Mouvement.

Les Chefs.

Ils proviennent pour la plupart, de jeunes ayant exécuté avec succès un stage au Centre-Ecole, actuellement placé à Pralognan-la-Vanoise.

Les Instructeurs-alpins sont tous de vieux montagnards, tous diplômés de la Fédération Française de Ski. Beaucoup appartiennent à la Compagnie des Guides de Chamonix. Les Moniteurs alpins ont subi un stage difficile qui fait d’eux des auxiliaires précieux pour les Instructeurs alpins.

Des Moniteurs artisanaux, spécialistes bois et fer, s’occupent de travaux pour le Groupement ou de l’instruction professionnelle des jeunes. Enfin les Agents assument les tâches délicates de l’administration.

Le Groupement « Vignemale ».

Il s’est formé depuis peu de temps puisque les premiers éléments sont arrivés vers le milieu de septembre 1941. Les difficultés rencontrées pour son établissement provenaient surtout de la date tardive de la mise en route. Il fallait dans les quelques jours qui restaient avant le froid et la neige, installer les chalets pour passer l’hiver. C’est pourquoi on se borna à n’équiper qu’un Centre. Le P. C. s’installa à Cauterets. Un groupe logea au Col de Riou à près de 2000 m. d’altitude, un autre au Lisey dans des chalets forestiers. Une équipe partit au Marcadau dans le refuge Wallon et une autre au Pont d’Espagne pour faire relai pour le ravitaillement. Cette disposition qui était la seule possible pour l’instant, avait l’inconvénient de disperser beaucoup les équipes puisque le Marcadau est à 18 km. de Cauterets, le Pont d’Espagne à 8 km., le Lisey à 1 heure et demie de marche et le Col de Riou à 2 heures et demie car il y a près de 1000 mètres de dénivellation à monter pour y parvenir. Pourtant, malgré les conditions défavorables, l’hiver s’est passé sans trop d’à-coups.

Dès le printemps, l’effort principal sera porté sur la construction de chalets et le rassemblement des équipes, en même temps que de nouveaux Centres seront créés dans la vallée de Luz et celle d’Estaing.

« Jeunesse et Montagne » est donc en pleine extension. Par ses méthodes, par sa vie, il attire de plus en plus de jeunes. Il faudra qu’il en attire davantage encore. Ainsi naîtra dans nos chalets une élite d’hommes forts et hardis, qui, se mettant joyeusement et entièrement au service du Redressement National, essaieront d’amener dans leur milieu de travail un peu de l’air pur des sommets et d’appliquer en toutes circonstances la devise de Guynemer qu’ils ont appris à aimer : « Faire Face ».

Maurice Bongard – Chef du Groupement « Vignemale ». Bulletin pyrénéen, 141 – n°237

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