Bio en images de Karl Fischer (1881-1941)

Karl Fischer, né à Berlin en 1881, a été dès le début des actions fondatrices du Wandervogel  parmi les plus fervents disciples de Hoffmann-Fölkersamb. Lycéen a Steglitz (Note), il secondait Hoffmann au cours de ses randonnées. Fischer devint alors l’un des animateurs principaux du club de sténographie « Stenografia » créé en 1895. Lorsque Hoffmann quitta Berlin fin 1899, c’est à Fischer qu’il demanda de prendre la relève. Mais ce fut seulement fin 1901 que Fischer, qui avait enfin obtenu son Abitur (équivalent du Baccalauréat) après deux tentatives infructueuses, put consacrer toute son énergie à son groupe de randonneurs, au détriment d’ailleurs de ses études universitaires en droit et en sinologie.

Après avoir obtenu son baccalauréat, Fischer s’efforce de trouver un cadre institutionnel afin de pouvoir continuer les sorties avec les lycéens. Il encourage parmi les parents et certains citoyens respectables la création d’un club de randonnée, car la loi prussienne n’autorise pas aux jeunes de créer une association ou bien d’adhérer à des associations parascolaires.

C’est ainsi que fut créée le 4 novembre 1901 le « Wandervogel – Association pour les randonnées scolaires » („Wandervogel, Ausschuß für Schülerfahrten“,) dans la brasserie de Steglitz. Fischer représente les élèves en tant que „directeur général“, ensemble avec ses guides de randonnées (Wanderführer). Parents, professeurs et autres adultes, représenteront l’association auprès des écoles, des administrations et de la presse. Le nom de « Wandervogel » avait été proposé par un des membres, inspiré par l’épitaphe d’une pierre tombale : « Qui vous a gratifié, oiseaux migrateurs, de la science vous permettant de vous diriger sur terre comme sur mer d’un vol si assuré » (Wer hat euch Wandervögeln die Wissenschaft geschenkt dass ihr auf Land und Meeren die Flügel sicher lenkt…). Le terme Wandervogel est un synonyme peu usité en allemand de Zugvogel (oiseau migrateur). La référence au Wandern (voyage à pied, randonnée) lui donne une connotation particulière qui a sans doute séduit les lycéens de Steglitz.

Au cours des quatre années suivantes, Fischer développera sans cesse les Wandervögel. Il fut pour cela activement soutenu par les adultes siégeant au conseil d’administration. C’est ainsi qu’un ancien professeur du lycée de Steglitz, le pédagogue réformateur Ludwig Gurlitt (1855-1931), présenta un rapport très positif au ministère prussien de la Culture, qui reconnaitra officiellement les Wandervögel.

Fischer a inspiré à ses compagnons de randonnée l’idée d’organiser le groupe sur le modèle des élèves itinérants (« vagabonds » sans le sens péjoratif moderne) du Moyen Âge. Dans cette nouvelle organisation, le nouveau venu s’appelait « Scholar », le membre éprouvé « Bachant ». En tant qu' »Oberbachant » autoproclamé, Fischer en était le commandant autoritaire. Il a introduit de nouveaux usages tels que le salut « Heil », adopté par les étudiants autrichiens allemands, et un sifflement de reconnaissance.

 

 

Les instruments de musique, en particulier le Zupfgeige, aussi appelé luth, faisaient partie des randonnées. Fischer encouragea le port d’une tenue uniforme parmi les Wandervögel. Contrairement au costume de marin courant à l’époque impériale, les Scholaren et les Bachantes portaient des capes imperméables et des culottes jusqu’au-dessous du genou avec bas de laine. Les cols blancs furent remplacés par des écharpes rouges nouées. Les Wandervögel transportaient dans leurs sacs à dos des vêtements et de la nourriture ainsi qu’un bâton de marche, qui était durci au feu de bois. A côté de la casquette de l’élève se trouvait de plus en plus la casquette du Wandervogel, composée d’un tissu vert à rayures dorées et rouges. Ces trois couleurs de l’oiseau migrateur se retrouvent aussi sous forme d’une cordelette vert-or-rouge que l’on passe à travers de la boutonnière. Dans certains groupes Wandervögel aujourd’hui cette coutume est encore d’usage avec les couleurs du Bund (groupe). Les coiffes colorées des Wandervögel servaient d’une part à s’identifier en tant que groupe social, mais aussi à « s’identifier » aux fermiers et aux aubergistes, qui possédaient les granges ou les abris qui servaient de refuges aux jeunes randonneurs. Les Wandervögel étaient recrutés principalement dans les lycées et dans la classe moyenne. La tenue uniforme n’était donc pas un outil de nivellement des différences de classe.

Karl Fischer - Linolschnitt von Robert Budzinski (1876–1955)
Karl Fischer – Linolschnitt von Robert Budzinski (1876–1955)

L’exemple des lycéens de Steglitz gagna d’autres établissements de la banlieue de Berlin, puis d’autres villes à l’initiative d’anciens élèves de Steglitz qui avaient changé d’établissement. En 1903, des groupes Wandervogel fonctionnaient déjà régulièrement à Berlin, Poznan, Munich, Hambourg et Lunebourg. Les randonnées prévues étaient annoncées par tracts (Fahrtenzettel), d’abord manuscrits, ensuite imprimés et insérés dans la revue publiée à partir de mars 1904. Les participants s’inscrivaient en fonction du programme proposé, mais aussi selon leurs affinités avec tel ou tel chef de groupe (Führer). Malgré le caractère autocratique de Fischer, le mode de fonctionnement restait très ouvert et il n’y avait ni uniforme, ni insigne, sauf l’obligation de porter la casquette aux couleurs d’un lycée.

En raison de sa nature autoritaire, des conflits internes surgissent. Fischer démissionne le 21 mars 1904 et le « Wandervogel » est dissous un peu plus tard, le 29 juin 1904. Fischer ne participe pas à la création du nouveau « Wandervogel, E. V. zu Steglitz bei Berlin » (fondé le 2 novembre 1904), mais fonde de son côté l’Altwandervogel (« l’ancien Wandervogel ») le 18 novembre 1904 et se nomme lui-même « Großbachanten ». Mais de nouvelles disputes surgissent, au cours desquelles Fischer est rétrogradé et finalement quitte le mouvement en juillet 1906. A ce moment l’Altwandervogel compte 78 groupes locaux pour environ 1500 membres au total.

Fischer abandonne ses études de droit — jusqu’en 1902 il étudiait également la sinologie — et part comme volontaire pour un an dans le bataillon de marine de Tsingtau.  Il devient ensuite employé du magazine mensuel en langue allemande Ostasiatischer Lloyd à Shanghai. En 1914, il est fait prisonnier par les Japonais. Après son retour en Allemagne en 1920, aucun lien permanent avec les Wandervogel ne s’établi, bien qu’on soit enclin dans un premier temps à le reconnaître à nouveau comme un chef. Cela est probablement dû à sa nature dominatrice et égocentrique, l’autre facette de sa nature de chef.

Il a passé les dernières années de sa vie dans l’isolement et la pauvreté. Il ne s’est jamais marié. Sous le régime national-socialiste, il a reçu les « appointements » dus aux Jeunesses hitlériennes. Il est mort en 1941, seul, oublié, mais a été redécouvert dans les années 1960 ; depuis lors, le quartier de Steglitz s’est orné de sa mémoire et de son Wandervogel. Dans le parc municipal de Steglitz, dans la Albrechtstraße (dans la partie du parc située entre la Sedanstraße et la Klingsorstraße), une pierre commémorative consacrée au mouvement Wandervogel a été érigée. Dans le lycée de Steglitz, une salle a été baptisée « salle Karl Fischer ».

Karl Fischer pour son 50ème anniversaire
Karl Fischer pour son 50ème anniversaire

Note : Située au sud-ouest de Berlin, Steglitz connaissait alors une forte croissance démographique. Entre 1895 et 1905, sa population était passée de 20 000 à 35 825 personnes. Mais la ville avait gardé son caractère résidentiel et attirait beaucoup de fonctionnaires, de professions libérales et d’intellectuels. 85 % des maisons possédaient un jardin particulier.

 

Littérature :

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