Jugendseele, Jugendbewegung, Jugendziel de FR.-W. FOERSTER

Le livre que l’ex-professeur de philosophie et de pédagogie à l’Université de Munich a consacré à la jeunesse allemande, se distingue des ouvrages nombreux parus depuis dix ans et traitant également des mouvements de jeunesse, en ce qu’il est non seulement une histoire des diverses tendances de la « Jugendbewegung », mais aussi et surtout un exposé critique du point de vue de l’auteur. C’est ce qui en fait à la fois l’intérêt et la faiblesse. Mais reconnaissons sans plus tarder que c’est l’intérêt qui de beaucoup l’emporte.

Destinant son ouvrage surtout à l’étranger, Foerster insiste à juste titre sur ce que le phénomène de la « Jugendbewegung » a d’unique, d’original et de spécifiquement allemand. II ne s’agit pas en effet d’une forme de collaboration de la jeunesse à l’œuvre collective, d’une réaction contre la gérontocratie, mais d’une protestation de la jeunesse qui parvint à la majorité entre 1910 et 1920 contre l’ancienne génération (celle que représente le héros du roman de Heinrich Mann : Der Untertan), contre sa pédagogie, sa pratique de la vie, sa conception de la profession et de la culture, d’une protestation contre la civilisation moderne qui étouffe l’humanité par la technique, l’organisation, la politique, la fausse science et la production effrénée. La jeunesse allemande a pris conscience du principe qui faisait défaut à l’époque wilhelminienne : du droit et du devoir pour l’individu dans l’Etat de disposer de soi-même.

Nous ne pouvons suivre Fœrster dans sa caractérisation des divers aspects de ce mouvement qui est issu de l’association des Wandervögel créée en 1904 à Steglitz près de Berlin par un professeur idéaliste, ni dans l’histoire des grandes manifestations du « Hohen Meissner », près de Cassel, en 1913 (où 2 000 jeunes gens accourus de tous les points de l’Allemagne proclamèrent par des discours et des danses la découverte du corps et l’affranchissement de l’individu), puis de Iéna et de Hofgeismar après la guerre. Successivement Fœrster étudie et critique le mouvement du grand éducateur Wynecken, celui des « libres-allemands », des prolétaires, des protestants et surtout des catholiques. Là est le point faible de l’ouvrage, car malgré l’impartialité évidente de son attitude à l’égard de ces diverses tendances, Foerster ne saurait toutefois manquer d’affirmer que seul le catholicisme est capable de sauver la culture occidentale et de guérir l’âme allemande, et que toute autre « Weltanschauung » est, lors même qu’elle aboutit aux mêmes résultats pratiques que le christianisme, comme viciée en son germe et vouée à l’insuccès. Mais on lira avec joie tant de pages où un chrétien inattaquable expose le rôle que pourraient jouer dans la restauration de l’Europe le christianisme et la papauté.

Friedrich Wilhelm Förster 1952
Friedrich Wilhelm Förster 1952

Signalons encore dans la dernière partie : Zielsetzungen, où le moraliste succède à l’historien, non seulement les chapitres admirables de sérénité et de courage sur les causes de la tragédie allemande, sur les directives d’une politique de l’Europe centrale et sur le mouvement pacifiste, mais encore les pages très neuves et hardies qui révèlent le pédagogue et le penseur. Nous croyons que tout ce que Fœrster écrit sur les moyens de concilier les droits du peuple et la nécessité d’une autorité (Führertum und Demokratie) mériterait d’être connu et médité par les Français, tous les Français, ceux de droite et de gauche.

Mais si la lecture d’un tel livre peut être féconde par les enseignements d’un esprit lucide et la contagion d’une belle âme d’Européen, de vrai « catholique », elle est en même temps réconfortante. De plus en plus depuis cinq ans au cours d’études sur le mouvement des idées en Allemagne de 1900 à 1914, l’idée s’impose à nous que si la guerre n’eût pas éclaté en 1914, vom Zaune gebrochen par les partis militaristes, elle aurait pu être évitée, du moins pour longtemps. Des forces nouvelles étaient nées en Allemagne, qui n’eurent pas le temps de se développer pour tenir en échec les forces du passé : F.-W. Fœrster nous en apporte de nouveau un témoignage irrécusable.

FR.-W. FŒRSTER. — Jugendseele, Jugendbewegung, Jugendziel (Im Rotapfel-Verlag, Erlenbach-Zurich).

CHRISTIAN SÉNÉCHAL.

15 mars 1926 – Europe, revue mensuelle

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