Le musée sonore, notre Folklore régional

Au congrès de la Fédération des Sociétés régionalistes, qui vient de se tenir à Chartres, j’ai eu l’honneur de faire, au nom du « Musée de la parole » de l’Université de Paris, une communication que je crois de nature à intéresser mes lecteurs discophiles.

Il s’agit de créer, à l’Exposition de 1937, un véritable Musée du folklore français, une encyclopédie sonore de tous les parlers, dialectes, patois, chants et musiques de la vieille France.

Je n’ai pas besoin d’insister sur l’importance qu’aurait, pour les générations futures, un pareil monument phonographique. Et, seule, une initiative d’État, dégagée des légitimes, mais alourdissantes considérations commerciales qui guident nos grandes firmes, peut donner à une telle réalisation l’ampleur qui en fera non seulement un monument artistique, un monument scientifique, mais encore un monument historique.

Il y a des années, déjà, que je fais campagne pour faire aboutir ce vaste projet d’Encyclopédie nationale sonore. Le14 juillet 1932, notamment, j’écrivais à mon éminent ami Charles Brun, délégué général de la Fédération régionaliste française :

« Mettez à l’ordre du jour de votre prochain congrès ce grand problème du folklore par le disque, et fixez, dans la matrice phonographique impérissable ce que l’âme de nos provinces a de plus musical, de plus charmant, de plus vivant. »

Le 9 septembre 1932, d’autre part, je recevais de M. Robert Jardinier, vice-président du groupe parlementaire pour la défense de l’art, une lettre dans laquelle il me disait, notamment :

« On s’explique mal ce retard qu’apporte l’industrie phonographique à s’occuper du folklore français. On ne comprend pas pourquoi le disque régional n’est jamais associé au film documentaire ; il constitue pourtant une des formes les plus intelligentes, les plus loyales de la vraie propagande touristique. Et j’ajouterai de la propagande artistique et intellectuelle française à l’étranger. »

Quoi qu’il en soit, si nous parvenons, sous sa direction et le contrôle scientifique de l’Université française, avec la collaboration des sociétés folkloristes et des groupements régionalistes, à faire vivre un tel projet, tous les discophiles en prendront leur part. Et, certes, le folklore phonographique a droit, lui aussi, au titre d’art décoratif et mérite d’avoir sa place, son pavillon, dans une exposition internationale des décors de la vie humaine, des aspects de la civilisation moderne. Non certes que je n’apprécie pas, à son incontestable valeur, le très intéressant apport des firmes commerciales à l’enregistrement de notre folklore. Mais il est temps de compléter cet effort par une « prospection systématique » et de faire appel à tous ceux qui aiment le disque à la fois pour les joies délicates dont il décore leur sensibilité et pour les documents impérissables dont il est capable d’enrichir leur culture.

Roger Dévigne. La dépêche de Toulouse, 1er janvier 1935

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