Une journée à Bierville à l’Auberge de « l’Epi d’Or »

De belles vacances, peu coûteuses, grâce aux Auberges de la Jeunesse

Un large et vigoureux mouvement d’union des bonnes volontés — sans distinc­tion de programmes politiques, d’opinions philosophiques ou de convictions reli­gieuses — rassemblées pour le développement des Auberges de la Jeunesse en France, telle est la Ligue Française pour les Auberges de la Jeunesse.

L’Auberge du Foyer de la Paix de Bierville, l’Epi d’Or, est bien représentative de cet esprit. On a tenu souvent à le proclamer dans les milieux les plus divers. Sans doute nos lecteurs nous sauront-ils gré de reproduire aujourd’hui un vivant reportage publié par l’Avant-Garde, organe des Jeunesses communistes.

L’auberge de l’Epi d’Or, qui fut la pre­mière auberge de la jeunesse en France, est a Boissy-la-Riviere, à 8 Kilomètres d’Etampes.

Je m’y suis rendu dimanche dernier. Je pourrais vous raconter des histoires, et vous dire qu’héroïquement, le sac au dos et le bâton en main, j’y suis allé à pied. Je préfère vous dire la vérité. Je voulais y aller en chemin de fer. J’arrive à la gare d’Orsay tout juste assez tôt pour voir la lanterne rouge du dernier wagon dis­paraître au bout du quai. Il est 7 h. 50, le prochain train est à 11 heures. Je prendrai donc le car « Citron ». Vite, allons place Denfert-Rochereau ! Le C.M. devrait m’y emmener. Je l’attends vaine­ment une demi-heure, au bout de laquelle impatienté, je scrute attentivement le po­teau d’arrêt. Je finis par y déchiffrer de minuscules hiéroglyphes : « Dimanches et fêtes, départ C. M. Opéra 12 h. 15. »

Allons bon ! engouffrons-nous dans le métro. II est désert et je m’en réjouis. Contrairement à l’habitude, je ne me ferai pas écraser les pieds, ce qui serait aujourd’hui désastreux en raison de ce qu’ils portent des « Spartiates » (provenant de la coopérative « Les Sports ».

Denfert-Rochereau : « Demandez l’Hu­manité ! Lisez l’Avant-Garde ! » Bravo ! nos dévoués vendeurs sont déjà à leur poste.

Le car pour Etampes est parti. Heureu­sement, il y a un « supplémentaire ». Je crache mes onze francs et en voiture !

En 1 h. 10, je suis à Etampes. Corres­pondance pour Boissy-la-Rivière. Le chauf­feur du nouveau car me regarde d’un air ahuri et compulse fiévreusement un in­dicateur crasseux : le scélérat. Il ne con­naît pas son itinéraire ! Pauvre de moi ! Il « brûle » Boissy-la-Rivière et me dé­pose, triomphant, à Fontaine-la-Rivière. Me voilà le bec dans l’eau [si l’on peut dire]. La place du village est déserte. Au bout d’un quart d’heure de recherches obstinées, je découvre un indigène qui m’indique le chemin : 3 kilomètres sous un soleil glorieux. Exercice transpiratoire.

Me voici enfin à Boissy-la-Rivière, place de la Paix. Voilà le Foyer de la Paix de Bierville, l’auberge de l’Epi d’Or. Entrons, une petite cour ombragée, à gau­che, cuisine et réfectoire, en face et à droite, les chambres pour jeunes filles. Je remets à la mère aubergiste ma carte d’adhérent à la Ligue que j’ai prise la veille au siège : 34, boulevard Raspail, puis je gravis des escaliers monumentaux, qui donnent accès aux dortoirs des gar­çons. Ils sont aménagés dans une espèce de château-fort dont les murs sont per­cés de grandes baies. J’utilise tout de suite les douches et troque ma chemise trempée contre un léger maillot de corps Et me voici grimpé dans la tour qui do­mine toute la vallée. En haut de la col­line se dresse une pinède dans laquelle je respirerai tout à l’heure un air si toni­que. Partout des bois et des champs. Du fond de la vallée montent des rires frais d’enfants…

Je dévale la pente et, en bas, j’avise la mère aubergiste :

— Y a-t-il une piscine, madame ?

— Mais oui, au château de Bierville, à 500 mètres.

Marc Sangnier
Marc Sangnier

Le château de Bierville appartient à Marc Sangnier, le vieux militant pacifiste bien connu des jeunes pour son activité antifasciste. Il a mis le château et toutes les terres alentour à la disposition du Foyer de la Paix. Le parc est d’une beauté sauvage. Par de belles allées ombragées, je gagne la piscine, impeccablement ci­mentée, construite entre les deux bras de la Juine et alimentée par son eau lim­pide.

Voilà midi, le grand air et le bain m’ont creusé. Je retourne à l’auberge. Dans la cour, autour de la table, prennent place des jeunes de toutes les nationalités : un Ecossais venu en vélo sauf la traversée de la Manche de son pays natal, un chré­tien allemand, un Tchécoslovaque, un Putéolien [Habitant de Puteaux. C’est de moi qu’il s’agit], etc…

Pour 4 fr. 50, on me serf un simple mais substantiel repas : hors-d’œuvre, viande, légumes, dessert.

Mais voici Marc Sangnier, alerte et plus jeune que jamais dans son costume gris clair.

— Cher camarade Sangnier, l’Avant- Garde veut renseigner ses lecteurs sur le mouvement des auberges de la jeunesse. Vous qui en êtes l’un des animateurs, vous allez pouvoir me donner quelques préci­sions.

— Bien volontiers. Tu sais que les Au­berges de la Jeunesse sont destinées à faciliter les voyages aux jeunes gens peu fortunés en permettant leurs hébergements à des prix très modiques.

» Il existe dans le monde près de 4 000 auberges affiliées à l’Union internationale des Auberges de la Jeunesse. La Ligue française des Auberges de la Jeunesse, qui en fait partie, contrôle actuellement plus de 100 auberges ; en deux mois leur nom­bre a doublé, c’est te dire le rythme de la progression.

« Dans chaque auberge, un “père” ou “mère” aubergiste, camarades dévoues et bénévoles, préparent les repas et veil­lent à la conservation des locaux et du matériel de literie.

« Pour une quinzaine de francs par jour, les jeunes touristes y trouvent nour­riture et gite. La plupart des auberges possèdent même des terrains où l’on peut planter la tente.

« C’est le tourisme mis à la portée des “bourses plates”, c’est la réhabilitation du voyage à pied, c’est aussi une forme de fraternisation des jeunes ouvriers et des jeunes paysans, des jeunes Français et des jeunes de tous les pays.

« Il existe en France d’autres auberges que celles de la Ligue Française ; celles de l’Homme nouveau dues à l’initiative du camarade Jean Giono, le jeune et ta­lentueux écrivain de l’A. E. A. R., avec lesquelles nous entretenons les relations les plus amicales, et celles du Centre Laïque des Auberges de la Jeunesse, la plupart dans des régions où nous n’en avons pas.

« C’est une raison de plus pour nous faire souhaiter la fusion que “parents aubergistes” et usagers désirent ardem­ment.

« Nous acceptons chez nous les jeunes de toute tendance sans exclusive. Tiens, voici un jociste, un jeune communiste, un spor­tif rouge.

« Nous pensons que le respect des croyances sera à la base de l’unification. »

Le repas est terminé. Les promenades commencent. Par d’interminables allées, je gagne le Camp de la Paix, puis, par un bois de pin, j’accède à un vaste plateau où le feu de camp d’hier soir achève de se consumer, et où le soleil achève de donner à mes épaules la discrète couleur du homard cuit.

Après une halte dans une ferme où je déguste un bol de lait frais, je regagne l’Epi d’Or où, sur la table, fume une soupe odorante. Bravo pour la soupe ! Puis chansons, promenades, sommeil répara­teur, toutes fenêtres ouvertes, et le lundi matin, après une douche froide, me voici dispos pour la rédaction de l’Avant-Garde.

 

Lechaux. L’éveil des peuples, 25 aout 1935

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