Tribune des jeunes — Avec ceux du Contadour

La route s’insinue lentement à travers les Landes soigneusement plantées de lavande. Bientôt, elle atteint pourtant le sommet de cet immense plateau repu de soleil. Herbes et fleurs, pillées par la chaleur, cernent les pas et s’accrochent à vous avec une douce haleine à peine mouillée de vent. Il faut redescendre un peu pour heurter des yeux le Contadour, avec sa ferme écrasée et son vieux moulin loqueteux et édenté. Mais c’est surtout le ciel qui attire, avec ses bords majestueusement enfoncés. Sa massivité si pure semble légère, et reliant la terre à l’infini. Il résonne en vous comme une immense harpe. D’autres maisons se définissent pourtant peu à peu. On les reconnaît au fur et à mesure, car ce sont là silhouettes maintes fois animées par les récits des premiers Cahiers du Contadour.

Giono, le Contadour et les Auberges de Jeunesse
Giono, le Contadour et les Auberges de Jeunesse

Par ces fournées calmes, en dehors de la commune existence, mais plantés au cœur même de la vie, des petits groupes parsèment le plateau. Les uns bavardent ou chantent, d’autres réunis dans une grande salle autour d’un phono discutent des problèmes musicaux. Giono est parti avec quelques-uns pour cueillir des framboises, et tandis que certains achèvent de monter leur tente, quelques autres s’apprêtent à aller jusqu’au village mort de Redortiers pour y évoquer, à travers les pierres écartelées par le soleil et les ronces, les personnes mythiques de « Regain » qui y furent composés.

Jeunes au Contadour
Jeunes au Contadour

Dans la vaste cheminée, les bûches s’épanouissent avec des rires de folie ou de joie, en illuminant toute la pièce, jusqu’aux solives pavoisées de clochette, de branches, de cornes et de courroies. Les casseroles et les plats ronronnent doucement. Et, peu à peu, tous se trouvent réunis là, tout près, tous ceux que la journée avait dispersé au long des heures et des sentes. Verres, timbales, cruches, assiettes et gobelets carillonnent bientôt sur les grandes tables massives, au milieu du brouhaha des conversations. Ils sont là quarante, cinquante, et l’on s’attend prochainement à être plus de quatre-vingts. Filles et garçons, jeune* et aînés, accrochés à la vie, la vie. retrouvée simple et pleine, la vie directe, celle qui bruisse doucement au creux des mains, au fond du cœur, avec des gestes sans avarice, avec des regards neufs et souriants. Cet accueil, cette étreinte des fidèles de Pâques, de Noël, d’il y a deux ans, de Pentecôte… quand ils se retrouvent ! …

La veillée commence. C’est Jean le Bleu qui lit quelques passages du « Poids du Ciel » ou qui défend son « Appel aux Paysans », c’est le berger des Graves qui vient conter ses féeries nocturnes, célestes ou animalières. C’est l’un qui récite quelques poèmes. C’est l’autre qui soutient un essai. Ce sont les uns qui discutent de la paix ou de l’amour. Ce sont les autres qui projettent des représentations théâtrales. Ici, entre le ciel et le bord du plateau, parmi les odeurs d’herbes et de lavande ; ceux aussi qui avec Lucien Jacques construisent les « Cahiers ». C’est tous, qui parlent, discutent, chantent ou écoutent. C’est tous qui rêvent et sourient à la vie.

Gaston DIEHL. Marianne — 21 septembre 1938

 

Lucien Jacques et Jean Giono
Lucien Jacques et Jean Giono

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