Le camping de randonnée par Jean Loiseau

Vie confortable en pleine nature. Tout ce qu’il est utile de savoir pour pratiquer

Dans des articles pleins de verve et de fantaisie M. G. Sadoul nous a initiés aux charmes de la randonnée pédestre active. Rien n’est en effet plus utile aux jeunes que ces longues randonnées-camping, sac au dos dans les pays les plus pittoresques, à l’époque tant attendue des vacances.

Changer chaque soir le site de son camp et le lendemain repartir vers d’autres horizons est la façon de vivre au grand air la plus intelligente, la plus instructive et sans doute aussi la plus captivante.

Certes, il existe en voyage les hôtels, les auberges de jeunesse : mais rien ne vaut, à mon avis, les nuits passées sous la tente, même en plein hiver, même par mauvais temps. L’auberge sera surtout réservée de temps à autre pour varier l’intérêt du voyage, ou utilisée dans les endroits trop civilisés où les sites de camping sont difficiles à découvrir, inexistants ou trop envahis.

La vie en randonnée-camping est très libre et le voyageur qui s’y complaît trouve, au sein de la Nature, le charme inégalé des heures délicieuses où d’habitude il faut rentrer sous un toit, le crépuscule, la nuit, l’aube et le petit matin. Le campeur jouit intensément de ces moments et grâce à un matériel approprié il peut vivre avec un réel confort en plein « pays sauvage » tout en n’emportant que quelques kilos avec soi sur les épaules.

Pour qu’une « randonnée-camping » soit intéressante et agréable, il est nécessaire d’observer un certain nombre de principes dont la nécessité apparaît impérieusement, à l’expérience.

1° Posséder un équipement très léger, très complet, et très robuste. La légèreté restant toujours la qualité essentielle. Ne jamais voyager trop chargé ;

2° Posséder un équipement essentiellement pratique, de telle manière qu’il permette de réduire au minimum le temps employé à la préparation des repas, aux rangements, nettoyages, entretien, réparations, installations et portages ;

3° Bien préparer ses itinéraires ;

4° Ne parcourir à pied que les trajets justifiant la marche par leur intérêt, leur charme ou leur pittoresque.

Nous allons étudier chaque point particulier.

L’EQUIPEMENT

Les qualités énoncées plus haut semblent contradictoires, ce qui est robuste est généralement lourd ; ce qui est léger est fragile, du moins c’est une opinion courante. Elle est souvent fausse. On peut l’exprimer d’une manière plus véridique : ce qui est de mauvaise qualité est lourd, disgracieux et fragile. Donc nous choisirons un matériel d’excellente qualité. Ce matériel se compose :

1° D’une tente ; 2° d’un couchage ; 3° d’une popote ; 4° des vêtements et accessoires ; 5° de sac à dos.

La tente sera d’une capacité de plusieurs campeurs (2 ou 3), du type à montant unique en duralumin, tissu hydrophile (ne pas utiliser de tissu imperméabilisé), à double toit, toile résistante munie d’un tapis de sol en tissu à pores bouchés par un gommage approprié, recouvert d’un second tapis de laine légère. La tente sera maintenue par des haubans en cordonnets de parachute ; sa forme sera particulièrement étudiée pour offrir le moins de prise au vent possible, un ceinturage de sécurité complétera sa défense en cas de tempête. Les piquets seront en fil de duralumin. Une telle tente solide et robuste pèse 4 kilos pour trois campeurs couchés à l’aise ; on peut y vivre, s’y reposer, changer de vêtements et y faire sa popote par mauvais temps sans aucune gêne. Elle se monte et se démonte en quelques minutes.

Le couchage le plus efficace sera constitué de deux couvertures de duvet de cygne de 2 m. 30 sur 2 m. 30 pour 3 campeurs, chacun possédant un sac de couchage en flanelle légère et un matelas pneumatique de rein, soit environ 1.800 gr. par campeur.

La popote que nous préconisons est celle qui convient à chaque tente 2 ou 3 campeurs, 4 au maximum. Elle se composera d’un ensemble très léger et très pratique appelé « marmites diabolo » ou « gedéon » eu égard à la forme du pare-vent ; l’ensemble constitue un paquetage très réduit ; 2 marmites, une poêle, un pare vent, un brûleur à gaz d’alcool ; on y ajoutera de petits accessoires comme : clef universelle, passoire, boule à thé, louche, écumoire, pinces, torchon et lavette à vaisselle. Chaque campeur possédera en outre son gobelet (émaillé) son couvert, deux assiettes, son couteau et une boîte à vivre à fermeture hermétique. Chaque boite contiendra : graisse, sucre, thé. Une autre série de petites boites colorées pour les épices, sel, poivre, cannelle, citron, poudre trouvera place dans l’intérieur de la popote fermée. Tous les vivres se placeront dans des sachets de toile. Dans une équipe à trois campeurs on possédera également un bidon de combustible et deux bidons de boisson. L’ensemble popote sera complété par un seau à fermeture étanche de 4 à 6 litres de contenance.

Le camping de randonnée par Jean LoiseauVêtements et accessoires : Sans se charger le campeur randonneur peut adopter les tenues suivantes :

  1. a) En ville, en chemin de fer, par temps froids pantalon genre « knick », chemise de flanelle et sweater, bas et bonnes chaussures.
  2. b) Marche par la chaleur : culotte de toile, chemise genre Lacoste.
  3. c) Bains : slip.
  4. d) Repos et camp : id. à (b) avec une paire d’espadrilles légères.
  5. c) Coucher : le plus déshabillé possible, même par temps froid — le couchage décrit ci-dessus étant très chaud — pyjama inutile.
  6. d) Pluie : cape en tissu caoutchouté léger et surtout genre marin.

Sac : Il faut nécessairement adopter le grand sac à armature, c’est un sac coûteux, mais indispensable. A part l’imperméable, tous les objets seront placés dans le sac ou répartis dans les poches latérales; rien à l’extérieur du sac. De même rien ne sera attaché en bandoulière, sautoir ou à la ceinture. Même le couteau. Le sac à armature est le plus agréable à porter et il répartit fort bien la charge sur les épaules et sur les reins.

Objets complémentaires : Petite trousse à pharmacie, à réparation, à entretien, les chaussures, boussole, carte, porte-carte, porte-monnaie, etc.

USAGE PRATIQUE

L’équipement décrit ci-dessus est très simple, il répond à un souci d’usage pratique. Le réchaud à alcool permet la cuisine en tous lieux, dehors, sous la tente et par n’importe quel temps, ce qu’on ne peut faire aussi bien avec le feu de bois ou les ré­chauds à essence ou à pétrole.

La tente se monte en quelques minutes et offre un abri certain là où l’on désire s’arrêter ; elle résiste fort bien aux « coups de tabac ». Tous les équipements sont propres, légers, agréables à manier ; c’est une condition essentielle pour bien réussir une randonnée qui comporte six à sept heures de marche journalière.

BIEN PREPARER LES ITINERAIRES

Les campeurs sauvages aiment se confier à l’aventure, suivre le gré de leur fantaisie. En réalité une telle méthode est assez décevante. Le temps accordé aux vacances est toujours trop limité. Si l’on n’a pas soin d’étudier à l’avance un itinéraire, on risque de tomber dans la plus navrante monotonie et de passer à proximité de choses intéressantes sans les voir. On aura donc beaucoup d’avantages à préparer sa route en fonction de ce que l’on rencontrera et à calculer les étapes en conséquence. Des guides fort bien faits permettent de se ren­seigner sur le meilleur parti d’un iti­néraire. On fera bien également de consulter les fichiers de camp des clubs spécialisés, ce seront de précieux renseignements.

Le camping de randonnée par Jean Loiseau
Les tentes sont dressées cette fois dons une voilée luxuriante, près d’un champ de blé que le vent courbe comme des vagues. La montagne aux neiges éternelles domine la plaine ; au petit matin et au coucher du soleil elle y prolonge son ombre.

NE PARCOURIR A PIED QUE DES ITINERAIRES INTERESSANTS

Le royaume du marcheur est la montagne, les sentiers de la forêt ou du bord de l’eau ; presque jamais les routes. Il faut bien se pénétrer de cette idée que la marche exige un effort parfois assez rude et qu’il faut alimenter cet effort par la joie de la découverte ou la satisfaction de contempler des sites particulièrement intéressants.

Courir vers un but, c’est faire un raid, non pas une randonnée ; il faut adopter une allure qui permette de tout observer sans gêne autour de soi et le voyage devient ainsi passionnant. Dans plusieurs pays, notamment l’Allemagne, le Luxembourg et la Bel­gique, on a aménagé des sentiers pour pédestres dont les itinéraires ont plusieurs centaines de km de longueur. Ces sentiers passent par les sites les plus pittoresques, les régions les plus charmantes et ne rencontrent que très peu de villes ou villages. Nul autre que le marcheur n’en peut faire usage et il serait vivement à souhaiter que la France s’équipe, elle aussi, en sentiers de cette nature.

En résumé le camping de randonnée donne vraiment la clef de la Nature à celui qui l’utilise, mais il exige un bon équipement et une certaine expérience. Dans ces conditions il est un véritable sport des plus intéressants et nous ne saurions trop con­seiller aux jeunes lecteurs de « Regards » de s’y adonner en toutes saisons.

Jean Loiseau – Regards- Le 8 aout 1937

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