Les Loisirs et le mouvement des Auberges de la Jeunesse – Comoedia 1936

Léo Lagrange, ministre des Loisirs a parlé ces derniers temps fréquemment de la nécessité de doter la France de tout un réseau d’auberges de la jeunesse. Car pour lui, il s’agit d’organiser non seulement le travail de la classe ouvrière, mais aussi ses futurs loisirs, et il n’y a guère une distraction plus saine que le tourisme populaire.

Or, le mouvement des auberges de la jeunesse prend une importance toujours grandissante, et par la loi de 60 heures de travail, le tourisme populaire va prendre un nouvel essor. Il faut bien avouer que la France, sous ce rapport, est en retard sur les autres pays d’Europe. Tout porte à croire que le Ministre entend rattraper ce que les « années grasses » ont négligé dans le domaine du tourisme populaire. Ainsi, renseignements pris, le ministère s’est adressé au Préfet pour leur demander un relevé des auberges existantes et des endroits propices où de telles auberges pourraient être créées. Le congé légal de 15 jours offrira dès maintenant la possibilité de voyager à bon compte, de trouver un logis populaire et de connaître les plus beaux coins du pays, ce qui n’est pas la dernière des nécessités pour un Français.

Dans notre région-frontière, nous sommes heureux de cette initiative du gouvernement, car, ainsi que nous demandons depuis des années une organisation plus appropriée du tourisme et de la propagande en général, nous avons aussi reconnu la nécessité de créer les auberges de jeunesse dans les Vosges et à Strasbourg même, où la première auberge est installée au Foyer Daniel Legrand depuis plusieurs années. Une série de 9 auberges s’échelonne le long des Vosges et offre les points d’appui au tourisme populaire. Les auberges sont affiliées à la Ligue française des auberges de la Jeunesse qui elle-même est affiliée à la Ligue internationale des auberges de la Jeunesse.

Dans la France entière, nous comptons à l’heure qu’il est 112 auberges, alors qu’il n’y en avait que 63 en 1935, 30 en 1934 et 14 en 1933.

Ces chiffres montrent le rapide développement du mouvement ; il y a cependant encore beaucoup à faire quand nous songeons que dans un pays voisin qui n’est pas plus grand que la France, on en compte plus de 23000.

Jusqu’à présent il n’y a que la Ligue française des auberges de jeunesse qui est reconnue par la Ligue internationale. Nous avons cependant en France le centre laïque et également le groupe des anciens combattants. On prête à notre ministre l’intention d’arriver à une grande fédération des groupements et initiatives privées. En France se pose toujours ce problème particulier : on laisse se développer à loisir toutes les initiatives privées ; enfin, et en dernier lieu, l’Etat s’y intéresse un peu et, sans tenir compte le plus souvent de ce qui existe, travaille à son compte en ignorant et en froissant les initiatives privées pourtant le plus souvent très méritoires. (N’en a-t-il pas été ainsi de la radiodiffusion et des postes privés ?) Tout porte à croire que M. Léo Lagrange n’est pas l’homme à épouser de telles méthodes. Il prouvera un sens plus politique et plus économique en se servant de ce qui existe et en plaçant toute l’organisation sur un terrain neutre.

Nous avons eu l’occasion de parcourir ainsi la série de nos auberges alignées le long des Vosges, et nous sommes persuadés que c’est là le véritable terrain où le tourisme populaire, sans causer d’importantes charges à l’Etat, trouvera son meilleur essor. On est en train de placer les étapes à 30 kilomètres de distance et d’installer ainsi le plus rapidement possible des gîtes d’étape auxquels nos belles Vosges se prêtent d’une manière admirable.

On n’a pas voulu attendre plus longtemps en Alsace. Au moment où nous écrivons, ces auberges vosgiennes donnent leur plein rendement, et nous avons le ferme espoir que dans le reste de la France le réseau soit complété pour les vacances prochaines.

De nombreux touristes sont d’ailleurs allés voir la belle exposition de tourisme dans la Maison de la Jeune Alsace (rue Erckmann-Chatrian) et ils contemplent le beau diorama d’une auberge de la jeunesse présenté par la section du Luxembourg. Car, les auberges luxembourgeoises sont fort belles et admirablement situées et très fréquentées par la jeunesse française. Le Luxembourg a compris l’urgente nécessité d’un tourisme bien organisé et surtout d’un tourisme populaire.

Comoedia, le 28 aout 1936 – De notre rédaction strasbourgeoise

1936-08-28 - Comoedia - Les auberges de jeunesse 01_bis
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1936-08-28 - Comoedia - Les auberges de jeunesse 02_bis
1936-08-28 – Comoedia – Les auberges de jeunesse 02_bis

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