La jeunesse devant la révolution nationale – 1942

Oppède est un petit village de Provence où naquit, au lendemain de la défaite, dans des circonstances absolument fortuites, la plus curieuse école d’architecture qui soit. Cinq transfuges de la rue Bonaparte — dont trois architectes et deux peintres — avaient échoué là, on ne sait trop comment, en août 1940, avec, pour tout bagage, deux valises, et pour toute fortune, le reliquat de trois primes de démobilisation. Quand ils eurent mangé leurs quatre sous, ils se mirent à travailler. Deux d’entre eux se firent journaliers, deux autres maçons ; le dernier cultivateur. Cela, vous le pensez bien, à la grande surprise des paysans du cru, qui n’en croyaient pas leurs yeux. Des « Parisiens » qui remuent la terre et gâchent le plâtre, ça ne se voit pas souvent dans les montagnes du Lubéron…

Quoi qu’il en fût, on fit bon accueil aux nouveaux venus… Et puis six mois passèrent. Après quoi nos gens s’avisèrent qu’ils savaient aussi manier le pinceau et le compas. C’est alors qu’ils entreprirent de fonder à Oppède, avec l’aide de Dieu et, dans la mesure du possible celles des pouvoirs publics, une sorte de « Centre de Maîtrise », modèle, où toutes les professions, tous les corps de métier du bâtiment seraient représentés ; où l’architecte, l’entrepreneur, l’artisan et l’ouvrier travailleraient en commun, à la recherche de ce que les « Compagnons » du Moyen-Age appelaient le « chef-d’œuvre ».

Ainsi conçue l’affaire paraissait viable. En fait elle a parfaitement réussi et Oppède est restée pendant plus d’un an-le un des symboles vivants de la renaissance française.

***

Août 1940…

A la même époque une poignée d’hommes se réunissaient dans une clairière de la forêt de Randan, pour y prêter le serment des « Compagnons ». Ils étaient trente. Ils sont aujourd’hui trente mille.

Trente mille qui n’ont pas revêtu la culotte courte et chaussé les brodequins pour aller, le jeudi ou le dimanche, faire une délassante excursion champêtre, mais qui ont décidé à quinze ou dix-huit ans d’être des hommes. Être des hommes, c’est-à-dire, avant tout, travailler. Il ne s’agissait plus pour eux d’apprendre seulement à faire des nœuds, savoir construire un bûcher ou connaître parfaitement l’alphabet Morse. On était excellent du temps où la France ne manquait pas de bras pour remuer la terre ou couper le bois ; mais le temps vint où il fallut remplacer les absents, où il fallut pour cela, transformer les enfants en adolescents et les adolescents en hommes.

Ceci c’était le but matériellement utilitaire des « Compagnons », mais il fut inspiré aux trente protagonistes par un but plus noble encore. Au lendemain de la défaite, par un immense bonheur, il se trouva trente hommes qui, réunis à Randan, aperçurent le gouffre dans lequel notre jeunesse toute entière risquait de disparaître et qui, ayant compris cela, décidèrent sur-le-champ de mener un combat gigantesque, de ramener, à force de persévérance et de- dévouement, un million de jeunes Français au goût de l’effort, de l’honneur et de la fierté.

Ont-ils atteint ce but ? Leur tâche est-elle terminée ? Non, sans aucun doute. Une entreprise aussi vaste ne peut parvenir à ses fins en si peu de temps. On ne peut, en deux ans, toucher un groupe humain d’un million de mem­bres, en faisant uniquement appel a leur volontariat. Mais jetons un coup d’œil sur la clairière de Randan telle qu’elle vient d’apparaître en août 1942. 7.000 Compagnons s’y pressent et ils en représentent 30 000. Mille fois plus en deux ans ! Quelle rassurante multiplication ! Il y a dans le mouvement « Compagnons » plus qu’un succès ; il y a une victoire.

***

Toujours en 1940… L’Armistice vient d’être signé. Le Maréchal fait appel au général Huntziger pour prendre en mains, l’organisation de l’armée nouvelle.

Notre armée et nos armes sont réduites ; elles viennent de perdre une guerre. Autant de motifs pour faire volte-face et pour chasser au loin l’esprit dans lequel ont été formés les contingents précédents. Le général Huntziger applique, sans attendre, la formule évidente et nécessaire : la qualité en place de la quantité. Les bataillons se regroupent autour de l’étendard sacré ; les traditions du régiment renaissent à la mémoire de chacun, engageant chacun à soutenir l’éclat de tant d’honneurs passés. Le régime de la perfection commence, il s’agit d’utiliser au maximum toutes les ressources d’une science militaire savante et compliquée. Mais il s’agit aussi de retrouver les qualités morales et physiques indispensables à la formation d’un bon soldat. La propreté, la discipline, l’éducation des muscles autant que la politesse et l’élégance sont les signes de notre rénovation militaire et il suffit pour s’assurer du résultat de regarder défiler nos régiments.

Le général Huntziger n’est plus, l’amiral Darlan commande maintenant nos armées : Nous n’avons aucune crainte à avoir, l’effort n’a pas été rompu.

***

Mais les petits mouvements isolés, tels que celui des artistes d’Oppède, ou le mouvement plus vaste des « Com­pagnons », pas plus que la réforme de notre armée de l’armistice, ne peuvent atteindre toute notre jeunesse. Trop de jeunes ont leurs études à terminer, leur tâche familiale à assumer, pour s’engager volontairement dans l’un de ces mouvements. Et trop aussi, il faut bien l’avouer, le pourraient-ils, qu’ils préfèrent se dérober à tout effort. Les chantiers de la jeunesse, en demandant à chacun huit mois de service, se sont proposés de marquer tous nos adolescents du sceau de la révolution nationale. Le général de la Porte du Theil l’a fort bien signifié, dans l’un de ses premiers manifestes, en donnant pour mission aux Chantiers d’édu­quer notre jeunesse. Bien entendu, la base de cette éducation est le travail et, je vous assure, un travail dur et pénible. Huit mois sont courts et il y a tant de choses à réformer, tant d’autres à apprendre ! Quelle meilleur modelage, quelle meilleure trempe que les travaux de nos paysans ou de nos bûcherons, surtout quand ils s’effectuent en équipe.

Les premiers Jeunes de France, débris disséminés de notre armée de juillet 1940, ont été groupés autour de chefs jeunes et dévoués. Ils sont partis de rien, sur les quelques hectares d’un champ perdu ou sur les premières pentes d’une montagne boisée, et, avec les moyens les plus précaires, ils ont construit leur village, organisé leurs moyens de subsistance, réalisé le miracle de l’habitat instantané, au seuil de l’hiver.

Chantiers-de-la-jeunesse_travaux
Chantiers-de-la-jeunesse_travaux

Maintenant les groupes se sont installés au mieux des possibilités. Un minimum de confort a été atteint et l’on s’est attaché, durant les heures de loisir, à donner à chaque camp, à chaque baraque, un cachet particulier, un souci du décor qui offrent à l’œil l’agrément d’une atmosphère de véritable intimité.

Les Chantiers de la Jeunesse ont obtenu les résultats les plus inespérés. Il est indubitable que le chemin parcouru depuis leur fondation est immense et, si l’organisation n’a pas encore atteint le point de perfection auquel on peut prétendre, on doit avouer que les Chantiers ont eu sur notre jeunesse l’influence la plus grande et la plus tangible.

***

Ainsi toute une partie de notre jeunesse a été refondue au creuset de la révolution nationale. Est-il besoin d’insister sur la manière dont elle a répondu à l’appel du Maréchal ? Les quatre exemples que nous venons de voir sont la preuve d’une admirable volonté de réforme. Ils se sont tous soumis a. la leçon d’énergie et de virilité qui leur était demandée et, loin de se laisser abattre, ils ont persévéré dans la voie qui leur avait été tracée, ils ont répandu autour d’eux la bonne doctrine. Leur foi et leur mystique ont fait souche : La France risque bien de leur devoir la vie.

***

En regard de ces braves garçons, prêtons un instant notre attention à l’inévitable engeance qui, par malheur, est le produit partiel de toute défaite. Bien loin de dissimuler, par honte, son existence, il faut la montrer du doigt, soutenir son regard effronté, non dans l’espoir de la faire rougir, mais dans le dessein d’étouffer au plus vite, la pernicieuse influence dont elle est responsable.

Il y a les paresseux et les timorés qui n’ont pas le courage de réfléchir un tant soit peu au rôle considérable que joue la jeunesse dans l’avenir d’un pays. Ceux qui ne savent pas réagir et qui ne veulent pas réagir contre les difficultés présentes ; qui s’abandonnent au laisser-aller et affichent au plein jour un scepticisme navrant.

Et ces beaux jeunes gens aux pardessus étincelants, à la moustache arrogante s’installent nonchalamment à la terrasse des cafés où ils peuvent, sans aucune crainte, discuter leurs affaires, afficher le petit air supérieur que semblent leur conférer l’aisance et l’oisiveté.

Devant la Révolution Nationale, deux attitudes bien différentes scindent notre jeunesse. Peux groupes distincts se sont formés, l’un plein d’acceptation et d’ardeur, l’autre hostile et borné. Voilà qui doit retenir toute l’attention de l’Etat nouveau. C’est qu’il ne faut pas se tromper : une révolution qui n’est pas le fait d’un parti organisé, encadré, endoctriné mais la conséquence d’une défaite et de la soudaine volonté d’un homme, ne pourra parvenir à ses fins qu’en s’appuyant sur une partie du peuple. Ce noyau devra être combatif, dévoué ; jl devra poursuivre longtemps son effort. Toutes qualités qui ne conviennent qu’à la jeunesse.

C’est un lieu commun que de dire qu’une Révolution a besoin, pour se faire, des forces de la jeunesse. Et, comme tous les lieux com­muns, cela se répète, machinalement, sans qu’on y fasse trop attention. Eh ! bien, non. Que les paresseux secouent leur torpeur et qu’ils accordent quelques instants de réflexion à ce problème primordial. Ils comprendront alors combien une jeunesse, saine et déterminée à servir, décuple l’énergie d’une révolution. Ceux qui ont visité Oppède, qui ont assisté aux grandioses fêtes des chantiers comme celles qui se sont déroulées en mai et juin derniers, en Avignon et à Marseille ; ceux qui ont vu l’autre jour le rassemblement de Randan, ont été tous saisis par l’impression de puissance que donnaient ces masses imposantes et ordonnées de jeunes Français.

Quel abîme entre ces visages halés, ces muscles durcis et les longs cheveux cosmétiqués, les gestes louches des petits swings ou des adeptes précoces du marché noir. Ceux-ci répandent dans leur milieu les mauvais ferments d’une génération issue de la défaite; leur exemple est d’autant plus néfaste qu’ils Semblent mener une vie facile et bourrée de plaisirs. Rien ne se fera si l’on ne se décide pas à les éliminer.

Cette élimination peut se faire, la preuve en est le nombre croissant de jeunes qui, depuis deux ans, sont venus augmenter les rangs des divers mouvements de jeunesse. Il y a une nécessité vitale pour la France nouvelle de créer chez eux un tempérament « révolutionnaire », qui ne peut s’obtenir qu’en unifiant les vues du nombre considérable (plusieurs centaines) de groupements de jeunesse. Ainsi que le disait dernièrement le Bulletin des Jeunes : « L’Union ne suffit pas. Il faut l’Unité ». Il ne suffit pas non plus de créer, il faut maintenir ce tempérament révolutionnaire chez les sujets qui ne passent que temporairement entre les mains de nos rénovateurs. C’est le rôle que s’est proposé, par exemple, l’Association des Anciens des Chantiers et l’on n’ignore pas l’importance que joue déjà cette Association dans la préparation de notre avenir.

La jeunesse possède en elle des réserves infinies de hardiesse. Elle a toujours, plus ou moins, ce goût de l’aventure qui fit la grandeur de la France aux siècles passés. Elle a la faculté de s’endurcir instantanément ; sa résistance et son endurance supportent toutes les épreuves. Il reste à utiliser au maximum ces qualités plus précieuses que l’or, et c’est ce que font, sans repos, depuis deux ans, une poignée de chefs admirables qui ont su ne pas vieillir.

La France est partie du pied gauche. Elle avance d’un bon pas et l’on reconnaît à sa démarche qu’elle est capable de la décision et de l’obstination qui auront raison des obstacles.

La Légion n°17 – Octobre 1942

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