Le « camping » se fait en auto, mais aussi à bicyclette, en canoë, en avion et même à pied…

Je connais un vieux bonhomme porteur de binocles et de cols empesés qui dit n’avoir jamais pratiqué d’autre sport que celui du jeu de grâce, à l’époque où, bretelles au ventre, il arrondissait le bras « devant ces dames » en leur disant des plaisanteries de haut goût. Ce « monsieur » ne trouve pas de mots assez violents dans son répertoire pour attaquer les jeux de plein air en général et le camping en particulier.

— Ces mœurs nouvelles sont mœurs de sauvages, crie-t-il à tous les échos. Quel plaisir des gens honnêtes peuvent-ils y trouver. Le camping en famille charge l’ennui dans ses bagages. Quant à la promiscuité des voyages entre jeunes gens et jeunes filles, je la juge trop immorale pour en parler.

Ce grincheux n’a rien compris. Laissons-le à son triste sort. Il passera ses vacances dans une chambre à fenêtres closes et se distraira en faisant une partie de billard dans une taverne enfumée.

Nous autres, gens sains, nous valons mieux que cela.

Si vous « campez » en famille, vous découvrirez ce sentiment admirable : être le camarade de vos enfants. Coude à coude avec vous dans la grande égalité des sports, ils auront vite pour vous un sentiment de déférence si vous êtes plus fort, de protection si vous êtes plus faible. Croyez-moi, il vaut mieux être le plus vieux des « jeunes » que le plus jeune des « vieux ».

Emmenez votre femme vers la forêt où il y a quelques générations elle tremblait en votre absence aux cris des bêtes fauves. Apprenez-lui qu’elle vous plaît sans poudre et sans rimmel, quand elle est toute parfumée de l’odeur des foins ou fraîche de sa nage en rivière. Dans les pièces fermées les mots méchants résonnent et se conservent dans les murs. Le vent, votre ami, emporte votre impatience et la disperse au loin, tandis qu’il murmure votre tendresse à tous les échos.

Si vous ne savez où passer vos vacances en famille, emportez une tente dans votre voiture, ou bien accrochez derrière elle une de ces remorques confortables. Avant de partir, chargez chacun des vôtres d’une mission pleine de responsabilité… Et puis… Pensez à tout vous-même. Que chacun ait son lit, sache le dresser, emporte sa propre vaisselle. Peu de boîtes de conserves : les fermes vous fourniront œufs, poulets, légumes et même vin. Si vous « campez » loin des villages, qu’est-ce qu’une promenade de quelques kilomètres pour se rendre aux provisions, sinon le meilleur des apéritifs ?

N’oubliez pas qu’en France les produits achetés directement chez le paysan ne sont pas chers. Vivre dehors c’est vivre bon marché.

L’aventure quotidienne du camping

En Allemagne, en Angleterre, des troupes de jeunes gens sillonnent les bois et les plaines pendant les vacances, campant à la belle étoile, se baignant, pêchant, grimpant et jouant. Nous n’avons encore aucune organisation de ce genre, sauf celle, si l’on peut dire professionnelle, tant elle est exercée, des boys-scouts.

Ce n’est point pour eux que j’écris cet article, mais pour les amateurs. Je voudrais décider ceux qui hésitent encore à se lancer dans l’aventure quotidienne du camping. En 1935, il y a tout de même mieux à faire pour ses vacances qu’à danser au son d’un phonographe dans un arrière-café ou se montrer nu sur les plages. Soyez égoïstes, cherchez un coin isolé où vous aurez la mer pour vous tout seul.

Je connaissais un jeune Anglais qui, chaque année, partait un mois camper en Ecosse avec sa sœur et un groupe d’amis. Un jour quelqu’un lui demanda :

— Vous aimez donc beaucoup votre sœur ?

— Certainement, répondit-il, mais je préfère les sœurs des autres.

Cette réponse, dans sa bouche, n’avait rien de pervers. Elle respirait la fraîcheur et la liberté de la jeunesse britannique. Je préfère une jeune fille en « short » qui défie un garçon à la course à pied, à celle qui passe ses nuits dans les enlacements rythmés des blues au casino. Les duègnes n’ont jamais empêché les amoureuses et la seule sauvegarde d’une jeune fille, comme d’une femme, c’est elle-même. J’ai beaucoup plus confiance dans la vertu d’une sportive que dans celle d’une rêveuse qui, dans le dos de sa mère, soupire en attendant le prince charmant.

Auto, side-car, bicyclette, avion, etc.

Donc, jeunes gens, jeunes filles, profitez de vos vacances sans perdre une gorgée d’air pur. Allez camper joyeux et forts dans la fraîcheur de la Savoie, devant la beauté des Pyrénées, sous la douceur de l’Auvergne. Emportez ce bagage léger qui sera votre strict nécessaire et vous donnera cette force magnifique : n’avoir besoin de rien.

Le camping comprend tous les sports, se pratique avec tous les moyens de locomotion, en auto, à pied, à bicyclette, en side-car, en canoë, en avion et… même en train.

Il y a quelques années une journaliste, Lucie Porquerol, se rendit de Paris à Andorre à pied. Seule, campant au hasard des paysages, elle vint à bout du périple dont elle revint riche de souvenirs à odeur de lavande et de thym.

Le camping d’un avion devient chose courante. L’Aéro Club de l’Hérault, en particulier, livre les coins les plus secrets de son pays aux touristes qui veulent se déposer loin des routes. Profitez de ce que l’initiative de l’Aéro Club tourne la rigueur des lois mal comprises… Si vous pouvez, faites le Tour de France en avion, vous serez partout bien reçu.

Si je parle des campeurs de canoë c’est pour mémoire. Chacun sait qu’ils sont les plus ardents et peut-être les plus charmants sportifs. Ils sont toujours à proximité de l’eau douce et sans doute ceux qui connaissent les plus jolis paysages.

Pourquoi ne campez-vous pas cet été ? Si cela vous fait un peu peur, essayez d’abord un jour ou deux. Puis l’an prochain vous vous enhardirez jusqu’à la semaine. Soyez des voyageurs, non des citadins qui se déplacent. Enfermez vos complets vestons et vos robes de ville, libérez-vous des cols, ceintures, bretelles, fixe-chaussettes et autres carcans. Décrassez vos poumons habitués à respirer l’asphalte ou l’haleine des autres. Fortifiez vos muscles atrophiés par la vie sédentaire.

Elancez-vous vers la campagne de France qui a la chance d’être peu battue…

D’avion, ces jours-ci, j’ai survolé nos provinces à très basse altitude. Je découvre un pays ignoré, celui qui est loin des routes. Prenez-le ; pour vous il garde ses tapis de mousse non foulée et les chants de ses oiseaux sans peur. Nos moteurs n’effrayent même pas les lapins qui broutent ; le soir ils danseraient autour de vous dans le clair de lune, à l’heure où vous redevenez ce nouvel enfant que le sommeil emporte pour le bercer.

A pied, en auto, en avion, à bicyclette, en canoë, vous pouvez devenir un campeur ; vous apprendrez à mieux connaître la terre et les hommes… Et puis le tourisme a besoin de vous. Nos pays voisins l’ont bien compris, rien n’attire plus les touristes que les facilités de camping. Parce qu’ils le savent, nos chemins de fer l’ont inventé

en train.

Comment ?

Je vous le dirai aussi.

Par TITAYNA, Paris Soir – 14 juillet 1935

1935-07-14_Paris-soir_Le camping
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