Les A. J. et les paysans

Les premiers usagers des Auberges de Jeunesse, les « pionniers » du mouvement ajiste ont été, en grande majorité, des étudiants et des instituteurs. Rien de plus normal puisqu’ils disposaient de plus longues vacances.

Avec l’institution des congés payés et de la semaine de quarante heures, les employés et les ouvriers sont venus en grand nombre aux A.J.. Trois chiffres vont situer la progression : fin 1936, le Contre Laïque comptait 5 000 membres. Il en avait 20 000 à la fin de 1937 ; 30.000 en décembre 1938. Et la montée continue…

Mais il est évident que le recrutement se fait surtout dans les villes et que les campagnes ont, jusqu’ici donné peu d’adhérents aux Auberges de Jeunesse

L’explication semble venir d’elle-même : « Pourquoi voulez-vous nous objectera-t-on, que les jeunes paysans qui sont aux champs toute l’année, aillent passer à la campagne leurs rares journées de vacances. « Bon pour les gens de villes, cela ! »

C’est à voir. Pourquoi le cultivateur ne prendrait-il pas plaisir à découvrir d’autres régions que la sienne ? Croyez-vous que le Jura ne soit pas une révélation pour un Beauceron ? Qu’un Bourguignon n’admirera pas les Alpes où la Côte d’Azur ?

Lorsque le jeune paysan aura pris l’habitude de voyager, il saura, mieux qu’un autre peut-être, « voir » un paysage ; en outre, il s’intéressera à des détails de la vie rurale qui échappent d’ordinaire aux citadins. Pour un montagnard, quelle joie de parcourir la Bourgogne aux vendanges !

Mais les A. J. ne sont pas toutes installées dans des villages. Beaucoup de grandes villes ont la leur et les Auberges urbaines attendent, appellent la jeunesse des campagnes.

Logeant à l’A J. de peu de frais, le jeune paysan peut y faire un séjour assez prolongé. Des camarades de la ville s’offriront à le piloter. II pourra enfin connaître les trésors d’art dont ses maîtres lui ont parlé. Il découvrira la beauté du vrai théâtre, l’en­chantement de la « vraie » musique. Il apprendra à voir et à sentir. Il pénétrera la vie des villes et en comprendra les misères, triste rançon de ses splendeurs.

Enfin, grâce aux A. J, il ne se sentira nulle part dépaysé. Dans chaque Auberge, des parents aubergistes sont là pour l’accueillir comme d’un foyer fraternel. Où qu’il aille, l’ajiste trouve une famille et ce n’est pas le moindre charme de ce monde nouveau que les jeunes bâtissent sous nos yeux.

Oui, certes, les Auberges de Jeunesse sont faites autant pour les travailleurs de la terre que pour ceux de l’usine, du bureau ou de l’école.

Jeune paysan, notre camarade, il y a pour toi une place parmi nous. Viens la prendre !

Luc BONNET. La Bourgogne républicaine, 10 août 1939

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