La seconde moitié du XVIIIe siècle avait “découvert” l’enfant, notamment avec Rousseau ; autour de 1900, on “découvre” l’adolescence et la jeunesse [1]. Ce phénomène s’est produit dans la plupart des sociétés modernes, industrialisées ou en voie de l’être. La cause en résidait essentiellement dans les transformations que ces sociétés ont connues au cours de la révolution industrielle, notamment les migrations et concentrations de populations, le développement des grandes villes, la séparation du lieu de vie et du lieu de travail. La croissance démographique, l’allongement de l’espérance de vie, la prolongation de la scolarité et une entrée plus tardive dans la vie active ont été d’autres facteurs décisifs dans ce processus. Par ailleurs, la diminution du contrôle social sur les comportements individuels dans l’anonymat des grandes villes et l’affaiblissement du rôle des forces éducatives traditionnelles comme les Églises ou les familles (de plus en plus réduites au modèle “nucléaire” parents / enfants) ont créé, surtout en milieu urbain, une sorte de vide éducatif pour les adolescents d’âge post-scolaire avant qu’ils n’accèdent au statut social de l’adulte. Ces problèmes ne se sont pas posés de la même façon selon les différentes couches de la société et ils ne se sont pas produits au même moment et au même rythme dans les différents pays.
En Allemagne, la date tardive du décollage industriel et le rythme beaucoup plus rapide de la croissance ont eu pour conséquence de donner une plus grande acuité à ces problèmes et à la nécessité d’y apporter des solutions. Depuis la fin du XIXe siècle (Kulturkampf), l’État a imposé sa primauté dans le domaine de l’éducation scolaire, laissant aux autres forces sociales, notamment aux ses, le domaine de l’éducation péri- et postscolaire. Malgré les efforts de ces dernières, cette répartition des tâches a montré ses limites et vers 1910, l’État sous l’impulsion de la Prusse surtout) est massivement intervenu aussi dans le domaine de l’éducation post-scolaire, montrant par là que le “problème de la jeunesse” était perçu de plus en plus clairement dans ses différentes implications orales, sociales et politiques.
À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, la jeunesse a également été “découverte” par les sciences de l’homme et de la société. Il s’agissait là aussi d’un phénomène général, mais la contribution des chercheurs allemands y a été essentielle. La jeunesse a été étudiée d’abord comme une réalité individuelle, biologique ou psychologique (Jungsein, Jugendlichkeit), autrement dit, comme un stade du développement de l’être humain entre l’enfance et l’âge adulte ou comme un état d’esprit. Parallèlement, l’on s’est intéressé au contexte social et notamment aux conditions dans lesquelles l’adolescent vit ces années décisives, à son processus de socialisation et aux règles et institutions spécifiques que la société a créées à son intention, ainsi qu’aux modes de vie et de comportement spécifiques à ces classes d’âge (la subculture des jeunes).
Mais en Allemagne les problèmes de la jeunesse n’ont pas été perçus seulement par le monde adulte (parents, éducateurs, hommes de science ou hommes politiques) : il y a eu également une prise de conscience chez les jeunes eux-mêmes, individuellement et collectivement, notamment parmi les élèves de l’enseignement secondaire. C’est ainsi qu’à côté des initiatives officielles prises par l’État ou par différentes forces sociales pour tenter de remédier aux problèmes de la jeunesse — pour s’occuper d’elle en l’occupant (en allemand, on appelle cela la Jugendpflege) — il y a eu également des initiatives ou des organisations créées spontanément par les jeunes : la première manifestation importante a été le mouvement Wandervogel, cellule originaire d’un mouvement social porté par la jeunesse allemande au cours du premier tiers du XXe siècle, connu sous le nom de Jugendbewegung, ce que nous proposons de traduire par juvénilisme.
“Jugendbewegung” – Juvénilisme : un mouvement social
Ce “mouvement des jeunes” est difficile à définir et à cerner. L’homogénéité idéologique et sociologique qui caractérisait encore le Wandervogel a rapidement disparu à mesure que le phénomène s’est répandu et diversifié. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la Jugendbewegung correspondait à une nébuleuse d’organisations et de groupements de toute nature, aux frontières incertaines et aux contenus variables. Leurs adhérents différaient par leurs origines sociologiques, leurs objectifs et leurs orientations idéologiques, qui reproduisaient tout l’éventail des familles de pensée confessionnelles, philosophiques et politiques existantes en Allemagne. Mais au-delà de ces différences idéologiques ou politiques, confessionnelles ou sociologiques, au-delà de l’éparpillement et de l’instabilité institutionnelle, on peut découvrir une certaine unité du phénomène. Cette unité résidait d’une part dans un sentiment de solidarité de génération, dans la conscience de partager les problèmes propres à la jeunesse et d’avoir à représenter et défendre les intérêts de celle-ci. Elle reposait donc aussi sur un socle commun de convictions, d’aspirations et de rejets, sur un certain “discours de la jeunesse” et sur un désir de changer la société et l’échelle des valeurs sociales et morales en vigueur. C’est le propre d’un véritable “mouvement social” à l’instar, par ex., du mouvement féministe.
Pour les sociologues, les mouvements sociaux sont parmi les principaux agents du changement social et des acteurs importants de l’histoire. Un mouvement social a pour objectif de propager, promouvoir et faire adopter un certain nombre d’idées et de valeurs et de modifier ainsi la société dans laquelle vivent ses membres. L’existence d’un cadre institutionnel nettement défini et unique n’est nullement nécessaire, pas plus que l’existence d’un corps de doctrine cohérent et complet. En revanche, selon Alain Touraine, les questions à se poser sont : a) au nom de qui le mouvement parle-t-il ? Qui représente-t-il ? b) quel est l’adversaire, quelles sont les résistances à vaincre et c) au nom de quelles valeurs supérieures, de quel idéal agit-il ?
Le juvénilisme entendait parler au nom de l’ensemble des jeunes Allemands, une Jeunesse qui exigeait que sa valeur soit reconnue, que ses “qualités” (authenticité, spontanéité, activité) et même ses défauts (le manque d’expérience, de persévérance et de mesure) soient acceptés au lieu d’être réprimés, parce ils sont promesses de renouveau, de dynamisme, de vie et d’un avenir meilleur. Il s’opposait à la société établie et était à la recherche d’un modèle social différent, plus fraternel et plus communautaire, d’une culture nouvelle ’il appartiendrait à la jeunesse d’inventer. Cette “idéologie” forcément sommaire, dont on retrouvera progressivement des éléments et des variantes dans la plupart des organisations de jeunesse allemandes — à des concentrations variables —, était suffisante pour créer une certaine solidarité au-delà des clivages sociaux et idéologiques traditionnels et a conduit les observateurs de l’époque tout comme les historiens d’aujourd’hui à considérer la multitude chatoyante des organisations de jeunesse qui représentaient le “juvénilisme” comme un mouvement social unique.
Un nouveau “discours de la jeunesse”
Si ce phénomène n’a pas eu de véritable équivalent, à l’époque, dans les es sociétés modernes comparables, cela ne nous semble pas dû seulement à l’intensité et à la rapidité des changements qui ont affecté la société allemande mais aussi à certains traits spécifiques de sa tradition intellectuelle. Même si la notion de jeunesse ne correspondait pas, dans le passé, à la même réalité sociologique qu’autour de 1900, il existait dans la littérature et la pensée allemandes une longue tradition de glorification de la Jugend et du personnage du Jüngling.
À la fin du XIXe siècle, ce thème a connu en Allemagne un regain d’actualité pris une signification nouvelle. Sans remonter trop loin on peut identifier une source essentielle du nouveau “discours de la jeunesse” chez Nietzsche celui des Unzeitgemäße Betrachtungen [Considérations inactuelles] des années 1870. C’était un discours de rupture.
Au nom de la jeunesse, il protestait, notamment dans sa deuxième Intempestive, contre les dangers que l’abus de culture historique représentait pour la jeune génération et pour l’avenir de la culture allemande [2]. Il faut éviter, écrit-il, que la jeunesse soit tournée vers le passé, car il lui appartient d’inventer son avenir. C’est elle seule qui peut remédier aux maux de l’époque actuelle, à condition qu’on l’écoute et qu’on lui permette de créer une véritable culture à partir de l’expérience de la vie, au lieu d’être obligée de conformer sa vie à des valeurs historiques mortes.
Ce sera sans doute d’abord une jeunesse inculte :
« On peut la taxer de rudesse et de démesure, mais elle n’est pas encore assez vieille ni assez sage pour savoir se modérer. Avant tout, elle n’a pas besoin de feindre qu’elle possède et défend une culture achevée, et elle jouit de tous les réconforts et de tous les privilèges de la jeunesse, surtout d’une probité courageuse et sans calcul et de la consolation exaltante de l’espérance ».
Cette génération de jeunes barbares doit trouver en elle-même le chemin de la nouvelle culture :
« Et voilà où je reconnais la mission de cette jeunesse, de cette génération de lutteurs et de tueurs de serpents qui annoncent une culture et une humanité plus heureuses et plus belles, sans avoir de ce bonheur futur et de cette beauté supérieure plus qu’un pressentiment plein de promesses » [3].
Plus encore que les écrits de Nietzsche, que l’on redécouvrait seulement vers 1900, c’étaient les variations que ces thèmes avaient connues dans le contexte de la Kulturkritik qui influencèrent profondément certaines couches de la population allemande — antimodernistes par attachement à la société préindustrielle et à ses valeurs, qu’ils identifiaient aux valeurs intemporelles, essentielles, du Wesen allemand (Nietzsche avait déjà mis en garde contre die Extirpation des deutschen Geistes zugunsten des deutschen Reiches, l’extirpation de l’esprit allemand au bénéfice de l’Empire allemand) [4].
Parmi ces épigones, il faut citer surtout Paul de Lagarde et Julius Langbehn, qui ont profondément marqué les mouvements de “réforme de la vie” (Lebensreform) et les mouvements de réforme pédagogique (Reformpädagogik). Ces mouvements, qui recrutaient leurs adhérents principalement dans les classes de la petite et moyenne bourgeoisie, chez les Gebildeten, les Akademiker et en particulier parmi les enseignants, ont aussi influencé indirectement les jeunes Allemands à travers leur milieu familial ou par leurs professeurs. C’est dans ces milieux et dans les établissements d’enseignement secondaire que sont nés des mouvements comme le Wandervogel — spontanément, sans programme, par une réaction de rejet quasi instinctif de la civilisation moderne et des conventions de la société bourgeoise.
Peu à peu les adhérents de ces mouvements ont pris conscience qu’ils ne représentaient pas seulement eux-mêmes, que ce qui les motivait était un sort partagé par beaucoup d’autres jeunes de leur âge et qu’ils ne devaient pas en rester au stade de la révolte, mais aussi chercher des solutions alternatives. Cette prise de conscience ne s’est pas faite en un jour ; elle ne s’est pas faite non plus sans intervention extérieure, ni sans réticences intérieures. En effet, l’apparent vide idéologique dont se glorifiait le mouvement Wandervogel n’a pas manqué de susciter chez certains, notamment chez des éducateurs, des vocations de donneurs de conseils et de guides auto-proclamés, qui se sont heurtés souvent à de fermes résistances. Et c’est précisément l’objet de cette contribution : jeter quelques lumières sur le moment et la manière dont les jeunes Allemands du Wandervogel ont été invités à prendre conscience du sens et de la portée de leur démarche et sur leurs réactions. Ce tournant décisif dans l’histoire générale de la jeunesse allemande se situe à la veille de la Première Guerre mondiale. C’est à ce moment et sous l’influence notamment de Hans Blüher et de Gustav Wyneken que s’est opérée la transformation d’un ensemble d’organisations de jeunesse en un mouvement social dont l’opinion publique a aussitôt pris conscience, pour s’en réjouir ou s’en inquiéter.
Situation du “Wandervogel” en 1910
En 1910, le Wandervogel en est à sa énième crise depuis qu’il avait franchi en 1901 le pas décisif en se faisant inscrire au registre des associations, devenant ainsi un e.V. (eingetragener Verein), avec des statuts, des responsables et une raison sociale. En régularisant ainsi vis-à-vis des autorités scolaires, mais aussi des parents d’élèves, une pratique qui avait commencé au lycée de Steglitz dans banlieue de Berlin depuis 4-5 ans, le fondateur Karl Fischer cherchait surtout à prouver que les petites excursions et les grandes randonnées qu’il entreprenait avec des élèves de l’établissement qu’il venait de quitter, l’Abitur en poche, n’avaient rien de clandestin ni de répréhensible. Certes, par principe, les adultes en particulier les professeurs étaient exclus des Wanderfahrten que les lycéens organisaient et effectuaient généralement sous la conduite d’un étudiant un peu plus âgé. C’était même leur motivation principale de pouvoir échapper pour un temps à l’œil vigilant des éducateurs et à leurs règles de conduite et de savoir-vivre. Mais, à l’intention du monde extérieur, ils jugeaient préférable de mettre en avant d’autres motivations, comme la possibilité de voyager à peu de frais, de voir du pays, de découvrir l’Allemagne (die Heimat erwandern), de vivre au grand air ou d’aller à la rencontre du “peuple”.
Dans les premiers temps, ces randonnées se caractérisaient plus par la frugalité des repas et l’inconfort des nuits passées dans la paille d’une grange que par les acquis culturels ; ce qui compensait tout, c’était la vie en groupe et le sentiment de vivre une aventure exaltante ; les “hordes” — nom qu ils se donnaient eux-mêmes — accentuaient volontiers, dans leurs tenues, leurs comportements et leur langage, le style des vagabonds rencontrés sur les routes (Kunden, Tippelbrüder), ou des écoliers et étudiants du Moyen-Âge dont ils avaient entendu parler à l’école (Scholaren, Vaganten). Cependant, certains de ces jeunes lycéens, issus de familles bourgeoises aisées et cultivées, furent bientôt rebutés par ce style et auraient souhaité trouver dans l’association des activités plus culturelles, plus exigeantes, sans renoncer pour autant à ce qui faisait son originalité : la vie de groupe et les randonnées. Mais leurs propositions se heurtaient à l’intransigeance du “chef suprême”, Karl Fischer, qui y voyait une remise en question de son autorité. Cela provoqua la première crise et la première scission dès 1904 : une partie des membres se sont rebellés et ont fondé une association concurrente en gardant le nom de Wandervogel, ce qui incita Fischer à rebaptiser l’ancienne association sous le nom de Altwandervogel. Les sécessionnistes mirent l’accent sur l’approfondissement et le perfectionnement des activités (randonnée, productions littéraires, chansons populaires, aménagement des locaux) mais n’ont pas connu une croissance numérique notable. Les groupes fidèles à Fischer, en revanche, plus dynamiques et moins soucieux de la “qualité” du recrutement, ont rapidement essaimé dans toute l’Allemagne. Mais ce développement numérique provoqua dès 1906 une nouvelle crise au sein du Altwandervogel. Contraint à la démission par un véritable coup d’État de ses adjoints, Fischer s’engagea dans les troupes du corps expéditionnaire allemand en partance pour Tsing-Tao (Chine). Cela n’arrêta pas la croissance des effectifs, mais changea les modes de fonctionnement et de commandement.
En janvier 1907, une nouvelle sécession se produisit : le groupe d’Iéna du Altwandervogel voulut imposer au mouvement deux décisions : interdiction totale de la consommation d’alcool et admission des jeunes filles dans les groupes. Le refus de la direction conduisit à la création du Wandervogel Deutscher Bund für Jugendwanderungen (WVDB) qui, adosse au puissant mouvement anti-alcoolique (Abstinenzbewegung), devint rapidement la branche la plus nombreuse et la plus dynamique du mouvement d’ensemble. Pour compléter le tableau, il faut encore mentionner la sécession qui a donné lieu en 1910 à la création du Jungwandervogel par opposition au Altwandervogel, auquel les rebelles reprochaient d’être devenu, à son tour, trop sage, trop respectueux du règlement et des autorités, d’avoir laissé les Oberlehrer et les comités de parents et d’amis (Eltern- und Freundesrat — alias Eufrat) prendre le pouvoir, trahissant ainsi la nature initiale du mouvement. On retrouve là l’essentiel des critiques que Hans Blüher, peu après, portera sur la place publique par son livre sur l’histoire du Wandervogel.
Ces crises à répétition, ces luttes de tendances et ces scissions étaient certes des indices du succès et de la vitalité du mouvement. Faute d’une structure centrale solide, la rapidité de son développement entraînait inévitablement la prolifération d’organisations semblables et rivales. Mais on doit aussi remarquer une autre constante dans ces crises : au-delà des questions de personnes, d’incompatibilités d’humeur ou d’ambitions, c’est autour de problèmes de “contenu” que ses parents esprits. Mouvement spontané de jeunes gens, le Wandervogel n’avait au départ pas de programme, à peine des objectifs. C’est peu à peu qu’il a cherché à donner un sens à ses activités, soit par la réflexion en interne, soit par des interventions de l’extérieur. C’était un problème de prise de conscience de ce qu’il était et voulait au fond de lui-même, un problème d’identité. En revanche, la progression des effectifs montre clairement le succès de la “formule” : en 1912, l’ensemble des mouvements se réclamant du Wandervogel comptait 694 groupes (Ortsgruppen) répartis dans 496 localités sur toute l’Allemagne, les deux organisations les plus importantes étant le Altwandervogel et le Wandervogel Deutscher Bund.
Au début de la deuxième décennie du siècle, l’instabilité institutionnelle continua de plus belle : mais au mouvement centrifuge qui a conduit à l’éclatement du mouvement en branches multiples se superposait maintenant une volonté d’unification qui aboutit partiellement, mais sans arrêter la tendance à la diversification. Les efforts d’unification ont conduit en 1912 à la création du Wandervogel, eingetragener Verein (WV e.V), dominé par le Wandervogel Deutscher Bund qui changea de nom mais dont les idées et orientations restèrent déterminantes dans la nouvelle association, notamment grâce à la revue Wandervogel, Monatsschrift für deutsches Jugendwandern et à quelques jeunes géants : entre autres Walter Fischer [5], Hans Breuer [6] et Hans Lissner [7] qui dirigea la revue, et bien d’autres. Le Bundesführer Edmund Neuendorff [8] restait plus discret dans les publications, mais son influence était essentielle.
Lorsqu’on lit le sommaire de cette revue, on a un bon aperçu des thèmes qui intéressent le Wandervogel et de ce qu’il appelle lui-même pompeusement la Wandervogel-Kultur. Passons sur les conseils pratiques concernant l’équipement pour les randonnées, sur les comptes rendus et annonces de réunions et de randonnées et sur les informations à propos de l’évolution des projets d’unification. La rubrique Betrachtungen parle essentiellement de “choses vues” ou entendues : descriptions de villes pittoresques ou de maisons typiques des régions allemandes, évocations de vieux métiers, paysages “romantiques”, coutumes et manifestations folkloriques, etc. Les auteurs de cette rubrique comme ceux des Gedichte und Sprüche sont en majorité des membres du mouvement, jeunes ou moins jeunes; parfois aussi il est fait appel à des textes d’auteurs anciens ou récents : F. L. Jahn (le Turnvater), Wilhelm Riehl, Hermann Hesse. Il en va de même pour les illustrations : l’essentiel est fourni par les membres du mouvement et accessoirement par des artistes comme Hans Thoma, Caspar David Friedrich, Moritz von Schwind et surtout Ludwig Richter (le plus représenté).
Les Abhandlungen aus der Praxis unseres Jugendwanderns permettent de se faire une idée plus précise de la vie des groupes en randonnée : on y trouve entre autres des conseils sur la bonne lecture des cartes, sur l’organisation d’un Kriegsspiel, sur la meilleure manière de photographier, de prévoir le temps qu’il fera, de préparer ses repas sur un feu de bois, les règles de sécurité à respecter pour ne pas risquer des ennuis avec la force publique ou des conseils d’aménagement du refuge à la campagne (Landheim) ou en ville (Stadtnest). Les problèmes de fond n’y sont évoqués que de manière incidente : par ex., la question de la place des filles dans le mouvement (Teegespräch par Hans Breuer [9]), le développement des organisations de jeunesse soutenues par l’État et l’armée (Jungdeutschlandbund, Pfadfinder) ou l’utilité de visiter les provinces d’Europe centrale (par ex. la Bohême) où la présence germanique est menacée par les progrès du panslavisme. Au total, le niveau culturel est très modeste et les thèmes politiques, sociaux contemporains quasiment absents.
La Programmlosigkeit [absence de dogmatisme politique] semble avoir été érigée en programme unique du Wandervogel et celui-ci semblait allergique à toute tentative pour lui assigner une quelconque “mission”. En réalité, il s’agissait surtout pour les responsables du mouvement de ne pas laisser pénétrer dans le mouvement des idées contraires à leurs propres positions, prétendues apolitiques mais en réalité résolument conservatrices. L’image d’un mouvement inoffensif, respectueux des règles, de l’autorité, de la loi, que présente la revue n’était pas seulement un leurre pour rassurer les adultes ; elle correspondait aussi à l’idée que les responsables du mouvement se faisaient de la nature et des objectifs du Wandervogel. Ils appartenaient à ce courant de la bourgeoisie allemande qui éprouvait des difficultés pour adhérer à toutes les orientations et évolutions de l’empire wilhelminien parce que précisément ils y voyaient une dérive et un abandon des valeurs fondamentales de la germanité. Voici ce que Hans Breuer écrit en 1912 dans l’avant-propos de la 6e édition du Zupfgeigenhansel :
« En ces temps difficiles, la chanson populaire a pour nous une signification bien plus profonde; elle doit nous fortifier et nous élever en nous faisant sentir clairement ce qui est allemand, elle doit apporter sa modeste contribution aux aspirations internes de la nation, à la pleine réalisation de la germanité ».
Hans Blüher l’imprécateur
Hans Blüher [10] le premier des deux protagonistes qui seront au centre des événements qui nous intéressent ici, a été étroitement mêlé à ces péripéties du mouvement Wandervogel. Né en 1888, il fréquenta à partir de 1897 le lycée de Steglitz et entra en 1902 au Wandervogel AfS, où il conçut à l’égard de Karl Fischer une grande admiration et un attachement passionné, vivant mal les vicissitudes et les contestations auxquelles celui-ci était en butte. Mais s’il voua une haine farouche aux “traîtres”, et aux “renégats” qui avaient provoqué la chute et le départ de Fischer, ce n’était pas seulement par loyauté envers ce dernier, c’est aussi parce qu’il leur reprochait d’avoir dénaturé l’esprit du mouvement. Bien qu’il eût quitté le Wandervogel dès 1909, il resta proche du mouvement, en particulier de la branche Jungwandervogel et chercha un moyen pour réhabiliter Fischer et son œuvre. Son histoire du Wandervogel, qu’il entreprit de rédiger en 1910, devait être l’instrument de sa vengeance.
Ce que le Wandervogel était devenu en 1910 n’était pour Hans Blüher qu’une caricature de l’idée originelle du mouvement, le résultat de la victoire médiocres, des esprits mesquins et pusillanimes, des “pieds plats” à cause desquels le mouvement était devenu une association bien sage, respectueuse des règlements, soucieuse de ne pas déplaire aux autorités, tombée en réalité sous la coupe de la « clique des Oberlehrer ». Le vrai Wandervogel, celui des origines, avait été, selon lui, un mouvement de révolte des fils contre les pères, des élèves contre les maîtres, un mouvement romantique et surtout un mouvement profondément anti-bourgeois, puisque — telle est sa thèse — conscientes ou refoulées, acceptées ou surcompensées, les motivations érotiques y jouaient un rôle primordial. C’est ce qu’il développe dans le livre qu’il publie entre 1911 et 1913 en trois parties : Wandervogel, Geschichte einer Jugendbewegung ; 1. Teil : Heimat und Aufgang ; 2. Teil : Blüte und Niedergang ; 3. Teil : Die deutsche Wandervogelbewegung als erotisches Phänomen.
Pour Blüher, le romantisme n’est pas un phénomène littéraire ou intellectuel historique, c’est le propre de la jeunesse. L’enfant, dit-il, est réaliste, il ne s’intéresse qu’à ce qui est tangible. L’adulte, normalement, découvre la beauté classique. Mais, entre les deux, il y a la période romantique, celle de l’adolescence. L’éducation traditionnelle a ignoré cette spécificité des besoins de chaque âge et elle a été un échec.
« Le romantisme est […] la révolte contre le dressage, l’effronterie face aux interdits, le désordre contre l’ordre des choses — le romantisme est sain » [11].
Plus l’oppression est grande, plus la réaction sera violente. Le Wandervogel s’est insurgé contre la répression du romantisme naturel des adolescents à l’école et dans la société, c’est pourquoi
« le temps qui a produit le Wandervogel est caractérisé par la lutte de la jeunesse contre les vieux » [12].
Mais oublieux de sa vraie nature, le Wandervogel s’est inventé, chemin faisant, à l’usage du public et des autorités, « toutes sortes de fins, de buts et d’intentions fort louables » [13]. Certains correspondaient, dit Blüher, à ceux que poursuivait aussi la génération des pères et que propageait notamment l’école : en les affichant, le Wandervogel était sûr de trouver toutes les protections qu’il voulait ; d’autres, parmi ces objectifs, étaient plus modernes et convenaient mieux aux besoins de la jeunesse : l’anti-alcoolisme, la renaissance de la chanson populaire, la co-éducation, etc. Mais en poursuivant ces objectifs, le Wandervogel était devenu, selon Blüher, infidèle à sa nature véritable, qui est de pure révolte, et avait précipité sa décadence.
Gustav Wyneken l’idéologue
Le second protagoniste de notre histoire, Gustav Wyneken, né en 1875, n’avait eu à cette date que des rapports très lointains avec les mouvements de jeunesse en général et le Wandervogel en particulier. Ce descendant d’une longue lignée d’enseignants et de pasteurs protestants avait fait des études de théologie et de philosophie avant de se tourner vers la pédagogie. Après avoir enseigné pendant plusieurs années dans une de ces écoles expérimentales (Landerziehungsheime — internats à la campagne) qui se créaient en Allemagne autour de 1900 sur le modèle des public schools anglaises, il fonda en 1906 sa propre école privée a Wickersdorf (Saxe-Meiningen). C’est là que mûrit sa conception de l’école nouvelle, au contact des élèves, par la réflexion et par les échanges d’idées avec un corps enseignant de qualité. Cette école, la Freie Schulgemeinde Wickersdorf, fut le modèle sans cesse perfectionné qu’il prônera inlassablement et proposera à l’imitation de ses contemporains.
Pour Gustav Wyneken aussi, l’année 1910 signifiait un tournant. Sa création, la Freie Schulgemeinde de Wickersdorf avait prospéré et acquis rapidement une réputation flatteuse dans les milieux intellectuels. Mais à la suite d’un conflit avec le gouvernement de Saxe-Meiningen, dont dépendait son établissement, Wyneken se vit retirer sa concession et dut abandonner la direction de l’école. Il en profita pour intensifier son activité de conférencier et d’auteur afin de propager le modèle de la Freie Schulgemeinde, qu’il considérait comme la solution à tous les problèmes de l’école et de la société allemande [14]. Cette activité se déploya dans différentes directions. Prenant la suite de la série des Wickersdorfer Jahrbücher, la revue trimestrielle Die Freie Schulgemeinde [15] en fut pendant dix ans le principal vecteur. Wyneken fit aussi de nombreuses conférences dans les villes universitaires et entretint des relations particulièrement étroites avec la Freie Studentenschaft (organisation d’étudiants refusant le modèle des corporations traditionnelles). Par l’intermédiaire de son ancien élève Walter Benjamin, il prit contact aussi avec un groupe de jeunes Berlinois qui avaient publié avec des moyens de fortune une revue intitulée Der Anfang et il leur donna les moyens de la faire reparaître en mai 1913.
La lecture du livre de Blüher le persuada que le Wandervogel, ce mouvement de jeunes lycéens, pouvait être un relais efficace pour la propagation de ses idées. Il avait puisé chez Blüher la conviction que c’était potentiellement un mouvement de révolte qui simplement n’avait pas encore trouvé sa voie et ses moyens et s’était sclérosé faute d’avoir trouvé un objectif et un guide dignes de lui. Il reconnaissait, dans le tableau que Blüher en avait tracé, des éléments de sa propre vision du rôle et de la nature de la jeunesse.
Comme de nombreux pédagogues et psychologues de son temps, Wyneken partait du postulat qu’entre l’enfance et l’âge adulte, l’adolescence constituait un stade spécifique de l’évolution de l’homme, tout comme la jeunesse en tant que collectif avait un rôle particulier à jouer dans l’évolution des sociétés humaines. Alors que l’enfance est encore très proche de l’animalité, de la nature, la jeunesse, le troisième septennat de la vie, de 14 à 21 ans, est la période cruciale puisque c’est là que l’être accède à la fonction essentielle de l’humanité : la pensée. C’est en quelque sorte le temps de la Menschwerdung [maturation physique et psychique, devenir-homme], lorsque l’individu accède à « l’esprit objectif », notion empruntée à Hegel. Il appartient ensuite à l’adulte de participer à l’activité de cet « esprit objectif » et d’apporter sa contribution à l’histoire de l’humanité [16]. On trouve chez Wyneken un discours de la jeunesse qui sera la composante centrale du juvénilisme ; s’il n’a pas, comme il le disait, « découvert la jeunesse », il a relancé et propagé vigoureusement et efficacement l’idée d’une « mission de la jeunesse » et d’une « valeur spécifique de la jeunesse ».
« Une jeunesse à laquelle on permet d’être jeune est le grand remède de la société contre le conformisme, l’étroitesse d’esprit, et la pusillanimité » [17].
Pour Wyneken, la jeunesse se définit par un ensemble de qualités et de caractéristiques propres à cet âge humain « appelé à se mettre tout entier au service de l’esprit, de la volonté de culture » parce qu’il est la part de l’humanité qui ne se trouve pas encore « intellectuellement intégrée dans le corps social » [18]. La jeunesse est « le temps de la passion et de l’amour, de la capacité de croire et de s’enthousiasmer » [19]. Wyneken ne minimise pas la valeur de l’âge adulte, ni la nécessité d’agir dans la société existante et de participer au processus de production [20]. Il admet que la jeunesse ne peut pas être productrice de biens matériels ou spirituels, mais ce qu’il récuse, c’est le dédain dans lequel on la tient traditionnellement du fait de son immaturité. Les adultes doivent accepter que la jeune génération leur propose l’image d’une humanité plus noble, plus pure et plus belle et que, dans son immaturité et son improductivité, elle possède une valeur en soi. D’une certaine manière, affirme Wyneken, la période de la jeunesse est un sommet dans l’évolution des individus, c’est la période où ils sont les plus aptes à accéder aux valeurs absolues de l’humanité. L’âge adulte, qui arrive fatalement, constitue une régression : l’utilitarisme remplace l’idéalisme.
Mais si l’on reconnaît la valeur spécifique de la jeunesse et l’importance de son rôle, il faut aussi accepter de lui permettre de vivre pleinement ce temps privilégié, sous la direction des guides qu’elle s’est choisis, de la laisser aussi longtemps que possible à l’écart de la mentalité utilitariste des adultes, des parents comme de la société. C’est dans l’intérêt de l’humanité et du progrès : l’esprit de jeunesse pénétrera à la longue la société tout entière. Pour Wyneken, le stade de l’adolescence est essentiel, car il est important pour le progrès de l’humanité de savoir de quelle manière les jeunes sont mis en contact avec l’esprit objectif, quelle éducation ils reçoivent. Il ne s’agit pas d’adapter les jeunes aux valeurs de la culture existante ou de l’État et de la société dans lesquels ils vivent. L’éducation ne doit pas être déterminée par le passé ou par le présent, mais par l’avenir et les valeurs éternelles.
« Par l’éducation, il s’agit de façonner l’avenir, de faire jaillir la source d’un temps meilleur, dans un esprit nouveau et totalement étranger à la génération présente » [21].
L’éducation n’est pas au service de la société ni de l’État, c’est une « tâche au service de l’histoire du monde » [22]. L’éducation traditionnelle de la jeunesse, selon Wyneken, accomplit mal cette tâche. D’abord, elle donne trop d’importance à 1’éducation familiale. Celle-ci, indispensable pendant les premières années de la vie de l’enfant, est totalement inappropriée à la période de l’adolescence. Les familles devraient enfin reconnaître qu’elles ne constituent pas le milieu le plus favorable pour l’éducation des jeunes et s’en remettre à ceux qui sont aptes à les éduquer. Mais ce n’est pas non plus l’État et le système éducatif existant !
Wyneken qualifie d’« appareil à faire vieillir » [23] l’école traditionnelle, qui se fixe comme objectif de rendre les jeunes aptes à tenir leur place dans la lutte économique pour l’existence. Il considère qu’il est inutile de chercher à réformer le système en changeant les programmes ou les méthodes ; ce qu’il faut, c’est une révolution. Il faut une nouvelle conception de la nature de l’école ; il faut qu’elle devienne un lieu qui,
« au milieu de la convention bourgeoise, sache offrir à la jeunesse un refuge pour son être le plus profond, qui ne considère pas que sa tâche est de faire vieillir, mais de découvrir, d’affirmer et de renforcer ce qu’il y a de juvénile dans la jeunesse » [24].
Wyneken ne manque jamais de rappeler que le modèle de cette nouvelle école existe déjà à Wickersdorf. Elle est capable, selon lui, de préparer les élèves à la vie active en développant les aptitudes particulières de chacun et en même temps de les faire participer à la totalité de la culture. La nouvelle école selon Wyneken est un lieu de vie. L’enseignement, les activités sportives, manuelles ou artistiques et la participation des élèves à la gestion de l’école forment un tout, inspiré par un même esprit, par une même exigence intellectuelle, par le même refus de la facilité. La Freie Schulgemeinde où garçons et filles sont éduqués ensemble est la patrie, le foyer de la jeunesse. Les maîtres ne sont pas seulement des enseignants, ce sont de véritables éducateurs, c’est-à-dire des guides. Leur charisme ne vient pas seulement de leur personnalité mais aussi du fait qu’ils sont les porte-paroles de l’esprit vivant.
La rencontre
En découvrant le livre de Blüher, Wyneken y reconnut un esprit voisin du sien et, mieux encore, y trouva la description d’un mouvement déjà constitué dont il pensa qu’il devrait être prêt à entendre sa voix et à suivre ses idées. C’est pourquoi il consacra un grand article à sa découverte dans sa revue Die freie Schulgemeinde tout en reconnaissant qu’il connaissait le Wandervogel essentiellement à travers ce qu’en disait Blüher. C’est-à-dire comme un mouvement de révolte contre le monde des parents et de l’école. Mais alors que Blüher reprochait au mouvement d’avoir oublié sa nature véritable et lui demandait de retrouver l’esprit de révolte de ses débuts, Wyneken considérait que le Wandervogel devait aller plus loin et se donner à présent des objectifs dignes de lui. Une jeunesse qui s’arrêterait au stade de la révolte, estime-t-il, périrait de « sous-alimentation intellectuelle » [25]. Le Wandervogel a su se créer un espace de liberté où il se trouvait ne serait-ce que provisoirement affranchi de la tutelle de la famille et de l’école traditionnelle. Il doit maintenant donner un sens et un contenu à cette liberté.
Wyneken proposait au Wandervogel et plus largement à la jeunesse allemande en révolte contre la culture dominante de placer leur quête sous la bannière de la Jugendkultur, une notion qui résumait pour lui sa conception de la mission de la jeunesse et des rapports de la jeunesse avec la culture, ainsi que sa vision de la nouvelle école. Il ne l’a jamais définie avec précision et surtout n’a jamais essayé d’en préciser les contenus : la vraie « Jugendkultur n’est pas un programme, mais une idée, pas une mosaïque de réformes de la manière de vivre, mais une nouvelle vie » [26]. C’est surtout un mot d’ordre mobilisateur autour duquel il voulait rassembler la nouvelle jeunesse.
Le Wandervogel prétendait, lui aussi, avoir inventé, par son style de vie non conformiste et son retour aux traditions et à l’art populaires, une nouvelle “culture jeune”. Wyneken estimait qu’on ne pouvait pas considérer cela comme une authentique culture jeune, même pas comme un succédané provisoire. Il n’y voyait que le règne du Kitsch, de l’imitation et de la banalité et estimait qu’en allant à la recherche des vestiges de l’art populaire et du folklore allemands, en particulier du Volkslied et du Volkstanz, le Wandervogel avait seulement ranimé artificiellement une culture qui appartenait au passé. Et de surcroît, il n’avait pas fait preuve de beaucoup d’esprit critique. En fait, plus que la valeur artistique, ce qui comptait pour lui c’était la valeur sentimentale :
« Quand j’examine l’attitude générale du Wandervogel en matière d’art, je constate qu’il n’y recherche qu’une ambiance plaisante et qu’il va vers ce qu’il y a de plus facile et de meilleur marché » [27].
Le Wandervogel n’a guère réagi aux critiques et aux avances que lui faisait Wyneken : il a préféré les ignorer. On chercherait vainement des traces de polémique dans la revue Wandervogel ; seule la Wandervogel-Führerzeitung a publié sous la plume de Karl Wilker une réfutation d’où il ressortait que : a) Wyneken n’avait rien compris au Wandervogel et b) que ce dernier faisait preuve dans ses choix artistiques et culturels d’un sens très sûr pour ce qui est essentiel, naturel et « sain », contrairement à « l’esthétisme exacerbé » (Über-Asthetentum) de la Freie Schulgemeinde. Cette réaction est de même nature que celle qu’a suscitée le livre de Blüher. Même les deux premiers volumes n’ont jamais été jugés dignes d’une critique en règle dans les revues du Wandervogel [28] (à l’exception de celle du Jungwandervogel) sans parler du tome III dans lequel Blüher avait enfreint le puissant tabou de l’homosexualité ; pourtant ce silence n’a pas vraiment nui au succès et à la vente de l’ouvrage. Quant à Blüher, dans sa réponse à Wyneken [29], il a donné entièrement raison à celui-ci et admis que le Wandervogel avait succombé à une “mode” romantique qui n’avait rien de commun avec le vrai romantisme comme Lebensstil.
L’invention de la “Jugendbewegung”
L’article de janvier 1913 par lequel Wyneken a tenté de gagner à sa cause le Wandervogel est important aussi pour une autre raison. Pour caractériser le livre de Blüher, il écrit en effet :
« Blüher ne veut pas être le chroniqueur d’une association, mais l’historiographe d’un mouvement de jeunesse, ou plutôt du mouvement de la jeunesse allemande, de la seule œuvre authentiquement allemande et authentiquement jeune que notre jeunesse a jamais réussi à produire par ses propres moyens » [30].
Le passage de l’article indéfini eine à l’article défini die change profondément la signification du substantif Jugendbewegung. A priori, ce terme peut désigner, comme le “mouvement de jeunesse” en français, toute organisation dont l’objet principal est de regrouper selon divers critères, en vue d’activités et d’objectifs variables, des individus, filles et garçons, dont la principale caractéristique commune est leur jeune âge (généralement entre 13 et 23 ans). Il a été utilisé ainsi en Allemagne à propos des organisations de la jeunesse socialiste : par ex. en 1906-1907 dans le titre de la brochure Militarismus und Antimilitarismus unter besonderer Berücksichtigung der internationalen Jugendbewegung de Karl Liebknecht. En 1910, Karl Korn, historien de la jeunesse ouvrière allemande, après avoir évoqué la sozialistische Jugendbewegung, désignait logiquement par bürgerliche Jugendbewegung l’ensemble des organisations que les Églises, l’État et l’armée avaient créées ou s’apprêtaient à créer pour la jeunesse d’âge post-scolaire.
En disant die Jugendbewegung sans qualificatif restrictif précisant la nature et éventuellement le contexte sociologique et historique du mouvement, si ce n’est die deutsche Jugendbewegung, on ne parle plus d’une organisation en particulier, ni d’un genre d’organisation, mais d’un phénomène plus général qui concerne la société allemande dans sa totalité, d’un mouvement social aux contours plus vastes et moins définis. Dès lors, on trouve de plus en plus souvent sous la plume de Wyneken, mais aussi chez d’autres, la notion de Jugendbewegung utilisée dans ce sens nouveau, valorisé, absolu, qui finira par s’imposer. Il ne s’agit plus d’un mouvement de jeunesse parmi d’autres, mais du “mouvement de la jeunesse” par excellence, du mouvement de la jeunesse pour son émancipation, pour la reconnaissance de son droit à vivre une vie conforme à sa nature et à ses désirs, pour la reconnaissance de sa valeur spécifique et pour une nouvelle école conforme à ces principes. C’est le passage de l’article indéfini à l’article défini qui fait la différence.
Sur le plan des organisations, ce tournant qui a vu naître la notion de Jugendbewegung dans ce sens nouveau coïncide aussi avec un passage de relais. À partir de 1913, ce n’est plus le Wandervogel mais la Freideutsche Jugend qui constitue le noyau et l’élément déterminant de la Jugendbewegung (à la fois dans la perception intérieure du mouvement et aux yeux de l’opinion publique) et qui le restera pendant une dizaine d’années. Comme le constatera bien plus tard Hans Blüher lui-même dans sa préface pour la réédition de son Histoire du Wandervogel :
« [Mon] Histoire du Wandervogel va presque exactement jusqu’au terme de la première période du Mouvement de la jeunesse. Cette période est celle du Wandervogel et de lui seul. À partir de la proclamation du Hoher Meißner commence la deuxième période, celle d’un “Mouvement de la jeunesse” [Jugendbewegung] […], conscient de sa signification sociale, et dont l’histoire n’a pas encore été écrite » [31].
La “Freideutsche Jugend”
Né les 11 et 12 octobre 1913 à l’occasion d’un grand rassemblement de la jeunesse (Freideutscher Jugendtag), aux environs de Kassel (sur les pentes du Meißner, modeste “sommet” culminant à 790 m), le mouvement appelé Freideutsche Jugend a marqué la deuxième décennie de la Jugendbewegung, moins par l’importance de ses effectifs que par son dynamisme et sa présence dans les médias. Le rassemblement de 1913 fut loin de réunir des représentants de tous les mouvements de jeunesse allemands. Parmi les absents, il y avait entre autres tous les mouvements confessionnels, la jeunesse ouvrière, les Turner et même certaines branches du Wandervogel. Par ailleurs, il y avait aussi parmi les associations organisatrices et parmi les participants beaucoup d’adultes. Malgré cela, la manifestation mérite bien, par son caractère symbolique et son retentissement, le nom de fête de la jeunesse qui lui fut donné à l’époque.
La raison du rassemblement n’avait qu’un rapport indirect avec les mouvements de jeunesse. L’Allemagne wilhelminienne s’apprêtait à célébrer en grande pompe le centième anniversaire de la bataille de Leipzig de 1813, la “bataille des nations”. Le déroulement de ces festivités était facilement prévisible : défilés et discours patriotiques, le tout noyé dans des flots de bière. C’est pourquoi l’idée d’organiser une “action parallèle” germa dans les milieux attachés à une “réforme de la vie”, pour montrer que les grandes manifestations nationales pouvaient être célébrées de manière plus digne et que le patriotisme pouvait s’exprimer autrement. Cette fête “alternative” n’était dirigée contre personne : ni contre l’État, ni contre la société ; elle ne voulait pas non plus être une protestation contre le nationalisme ou le patriotisme, mais seulement contre les formes dans lesquelles ceux-ci se manifestaient traditionnellement : néanmoins les orateurs devaient tirer les leçons des événements de 1813 et montrer à la jeunesse la voie de l’avenir.
Un rôle essentiel dans la conception et l’organisation du rassemblement incomba à des associations estudiantines, en particulier aux nouvelles associations issues du Wandervogel ou du Bund deutscher Wanderer comme par ex. les Akademische Vereinigungen ou les Deutsche Akademische Freischaren, ainsi que des corporations militant contre le « fléau social » de l’alcoolisme (Deutscher Bund abstinenter Studenten, Burschenschaft Vandalia). Plus folklorique, le Sera-Kreis d’Iéna, vague imitation du cercle de Stefan George, se groupait autour de la personnalité haute en couleurs de l’éditeur Eugen Diederichs (1867-1930). Ces groupes constituèrent le noyau de la Freideutsche Jugend créée à l’issue de la manifestation. Quant aux associations d’adultes présentes sur le Meißner, comme par ex. le Vortrupp de Hermann Popert militant pour tous les courants de “réforme de la vie” — anti-alcoolisme, antitabagisme, végétarisme, réforme de l’habillement, etc. — ou encore le Dürerbund de Ferdinand Avenarius et le Bund der Volkserzieher, association antisémite de Wilhelm Schwaner et même le Bund der Freien Schulgemeinden de Wyneken, elles furent écartées par la suite.
Pourtant Gustav Wyneken avait joué un rôle décisif dans la préparation et le déroulement de la manifestation. Ses idées et ses formules se retrouvent dans le texte de l’invitation et dans la déclaration finale, la fameuse Meißnerformel considéré comme le texte fondamental de la Jugendbewegung, la « charte de la jeunesse ». L’invitation officielle rédigée par Wyneken fut publiée dans toute la presse : elle commençait par l’affirmation que la jeunesse se trouvait placée « à un tournant historique », qu’elle a pris conscience de sa spécificité et de son rôle dans l’histoire de l’humanité et que cette prise de conscience la conduit à réclamer son droit à vivre conformément à sa propre loi, à rejeter les règles et les habitudes de la génération des adultes. La vie juvénile ne devrait plus être considérée comme futile ou puérile : elle a sa valeur propre, et elle est en mesure d’apporter sa contribution à l’évolution de la culture. La Jugendkultur pour laquelle se bat la nouvelle jeunesse sera un bienfait pour la nation tout entière, dont elle assurera le rajeunissement spirituel. On reconnaît sans peine dans ces passages les thèmes centraux de la pensée de Wyneken et les objectifs de son combat personnel.
La fête sur le Meißner fut le premier apogée du mouvement né avec la création du Wandervogel. En même temps elle marqua un tournant, un passage de témoin entre le Wandervogel et la Freideutsche Jugend, créée à l’issue du rassemblement, — qui incarnera la Jugendbewegung pendant la décennie suivante. La présence de Wyneken, parmi les organisateurs et les orateurs de la journée et le rôle décisif qu’il a joué comme auteur et inspirateur de l’invitation et de la motion finale illustrent une fois de plus l’importance de son action pour faire émerger le juvénilisme par une prise de conscience générale. Malgré l’éviction rapide de Wyneken, la Freideutsche Jugend a pu être pendant une décennie, entre 1913 et 1923, le centre et l’organisation la plus représentative du juvénilisme, précisément parce qu’elle était peu structurée, parcourue de nombreuses tendances parfois diamétralement opposées, allant de l’extrême gauche à l’extrême droite. Mais cette hétérogénéité explique aussi pourquoi le mouvement était incapable d’agir et devait se contenter d’agiter des idées. Dans la Freideutsche Jugend se concentraient tous les courants, toutes les promesses et toutes les insuffisances du juvénilisme.
La fête du Meißner fournit aussi une “formule” célèbre (Meißnerformel) ou se reconnaissait toute la Jugendbewegung en dépit ou peut-être précisément à cause de son imprécision. Adoptée par acclamation et dans l’enthousiasme général elle déclara :
« La Freideutsche Jugend veut façonner sa vie selon sa propre loi, sous sa propre responsabilité, conformément à sa vérité profonde. En toute circonstance, elle se trouvera unie pour la défense de cette liberté intérieure. L’alcool et le tabac sont bannis de toutes les manifestations communes de la Freideutsche Jugend ».
Les réactions de l’opinion publique furent contrastées : certes les comptes rendus positifs ne manquaient pas, mais il y eut aussi des voix inquiètes qui croyaient déceler dans la déclaration du Meißner les prodromes d’une révolution de la jeunesse, une déclaration de guerre à la société existante et aux valeurs de la morale et de la religion. Surpris par l’écho suscité dans toute la presse allemande par la manifestation et par le manifeste final, effrayés par les attaques virulentes des milieux conservateurs et bien-pensants (notamment en Bavière), les responsables de la Freideutsche Jugend n’eurent qu’une idée : se désolidariser des positions qu’ils avaient prises dans l’euphorie de la réunion et sous l’influence de Wyneken, et se débarrasser de ce mentor encombrant. Les deux objectifs furent atteints lors d’une assemblée générale réunie à Marburg en mars 1914. La déclaration fut reformulée et complètement dénaturée. Ce n’est qu’en 1918 qu’elle sera rétablie comme charte officielle de la Freideutsche Jugend.
Gustav Wyneken a contribué directement ou indirectement, par ses articles ou par les réactions qu’il suscita, à faire prendre conscience à l’opinion publique de la naissance d’un nouveau mouvement social. C’est ainsi, par exemple, qu’il publia dans la Frankfurter Zeitung du 28 décembre 1913 un article sous le titre « Die deutsche Jugendbewegung ». Après avoir rendu compte de la réunion du Meißner, il y développa sa thèse de la naissance d’un grand mouvement porté par la jeunesse allemande, qui devait bouleverser la vie des jeunes dans la société et révolutionner l’école. Il ne manqua pas, évidemment, de rappeler que cette école nouvelle existait déjà à Wickersdorf où avaient été expérimentés et éprouvés les principes et les possibilités de la nouvelle “culture jeune”.
Cette fin de l’année 1913 est devenue ainsi la date de naissance réelle de la Jugendbewegung ; ce fut le moment où elle a commencé à exister en tant que mouvement juvéniliste, à la fois dans la conscience des jeunes appartenant aux organisations de la mouvance du Wandervogel et aux yeux des observateurs extérieurs, de la presse et de tous ceux qui avaient en charge les problèmes de la jeunesse, notamment les éducateurs et les pouvoirs publics. Dans les deux cas, il s’agissait d’une prise de conscience, qui fit découvrir soudain la signification véritable de réalités plus anciennes. La notion de Jugendbewegung utilisée dans son sens nouveau, absolu, devint à partir de ce moment d’un usage courant dans le public : les nouveaux comportements et discours de la jeunesse allemande, qui paraissaient souvent incompréhensibles au monde des adultes, prenaient soudain un sens en tant que manifestations d’un grand mouvement d’ensemble. De leur côté, les jeunes membres des organisations de jeunesse purent s’identifier maintenant à un ensemble qui dépassait le cadre étroit de leur Bund ou de leur Verein. Pourtant, les contours et les contenus du juvénilisme n’étaient pas devenus plus clairs pour autant. Attribuée pendant un temps aux seuls groupes “indépendants” dans la mouvance du Wandervogel et de la Freideutsche Jugend, l’appartenance à la Jugendbewegung fut progressivement revendiquée par des organisations de jeunesse les plus diverses, issues notamment du scoutisme ou de mouvements à caractère confessionnel, syndical ou politique. Ces revendications ne furent pas toujours accueillies de bonne grâce par les organisations “historiques”, mais l’opinion publique ne s’en souciait guère. Pour elle, la Jugendbewegung existait, et il n’importait pas vraiment de savoir si tel ou tel groupe pouvait légitimement s’en réclamer. Elle existait précisément à partir du moment où le nom die Jugendbewegung n’a plus désigné eine Jugendbewegung mais une réalité qui dépassait n’importe quelle organisation de jeunesse.
Hans Blüher, affirma dans son autobiographie de 1953 :
« personne ne peut nier que c’est seulement avec la parution de mon Histoire du Wandervogel — et pas avant — que la Jugendbewegung a pris conscience d’elle-même, devenant de ce fait même une réalité » [32].
Il oubliait certes le rôle essentiel que Gustav Wyneken a joué dans ce processus de découverte, en formulant les idées centrales du nouveau discours de la jeunesse véhiculé par le juvénilisme, mais il n’avait pas entièrement tort puisque son livre a servi d’une certaine manière de déclencheur du processus.
Gilbert Krebs, Recherches germaniques hors-série n°6/2009.
Notes :
- 01 Cf. entre autres Agnès Thierce : Histoire de l’adolescence (1850-1914), Belin, Paris, 1999. Également Lutz Roth : Die Erfindung des Jugendlichen, Juventa, München, 1983.
02 Friedrich Nietzsche : Vom Nutzen und Nachteil der Historie für das Leben (1874). In : Werke in drei Bänden. Bd. I, Hrsg. v. K. Schlechta, München, 1954.
03 Ibid., p. 282-283.
04 Ibid., p. 137.
05 Walter Fischer (1887-1924). Altwandervogel, puis membre de la Bundesleitung du WVeV. Nombreuses publications dans les revues, surtout sur les questions pratiques.
06 Hans Breuer (1883, tombé en 1918). Élève du lycée de Steglitz jusqu’en 1903, études de médecine à Heidelberg. Participe aux activités du Wandervogel depuis le début et adhère en 1907 au WV Deutscher Bund. A publié de nombreux articles dans la revue du WV unifié et surtout le recueil de chansons Zupfgeigenhansl en 1908.
07 Hans Lissner (1886). Études à Heidelberg, directeur de la revue du WV unifié à partir de 1911, engagé volontaire en 1914-1918, publie en 1918 le recueil Fahrtenspiegel.
08 Edmund Neuendorff (1875-1961). Enseignant et directeur d’école. Fonctions dirigeantes dans le WVeV et le mouvement des gymnastes (Turnerbund). Dirige de 1925 a 1934 la Preußische Hochschule für Leibesübungen. Nombreuses publications sur le sport et l’éducation physique.
09 In : Wandervogel : Monatsschrift für deutsches Jugendwandem, Jg. l, H. 2, p. 31.
10 Hans Blüher (1888-1955). Fils de pharmacien. Principales œuvres : Wandervogel : Geschichte einer Jugendbewegung (1912-1913) ; Die Rolle der Erotik in der männlichen Gesellschaft (l9l7-1919) ; Die Achse der Natur (1919) ; Werkeund Tage [autobiographie] (1953).
11 Hans Blüher: Wandervogel : Geschichte einer Jugendbewegung. Bd. 1. Prien : Kampmann & Schnabel 6 1922, p. 58.
12 Ibid., p. 65.
13 Ibid., p. 76
14 Entre autres, sur le sujet qui nous intéresse ici : Schule und Jugendkultur, Jena, 1913. — Der Gedankenkreis der Freien Schulgemeinde : Dem Wandervogel gewidmet, Jena, 1913. — « Die neue Jugend : Ihr Kampf um Freiheit und Wahrheit in Schule und Elternhaus », in : Religion und Erotik, München 1913. — Der Kampf für die Jugend, Gesammelte Aufsätze, Jena, 1919. Sur G. Wyneken, cf. Erich Geissler : Der Gedanke der Jugend bei Gustav Wyneken, Frankfurt am Main, 1963. — Ulrich Panter : Gustav Wyneken : Leben und Werk, Weinheim, 1960.
15 Die Frei Schulgemeinde : Organ des Bundes für freie Schulgemeinden, Verlag Eugen Diederichs, Jena, 1. Jahrg., H. l (oct. 1910) bis XI. Jg., H. l (oct. 1920).
16 Wyneken : Schule und Jugendkultur (note 14), p. 5 sqq.
17 Ibid., p. 39
18 Wyneken : Der Kampf für die Jugend (note 14), p. 143.
19 Wyneken : Schule und Jugendkultur (note 14), p. 43.
20 Ibid., p. 34.
21 Wyneken : Der Kampf für die Jugend (note 14), p. 225.
22 Ibid., p. 239.
23 « Ein Veralterungsapparat ». Wyneken : Schule und Jugendkultur (note 14), p. 37.
24 Ibid.
25 Wyneken : Der Kampf für die Jugend (note 14), p. 124.
26 Gustav Wyneken : « Jugendkultur » (1914). In : Der Kampf für die Jugend (note 14), p. 127.
27 Gustav Wyneken : « Wandervogel und freie Schulgemeinde ». In : Die Freie Schulgemeinde, III. Jg., H. 2 (janv. 1913), p. 36-37 et p. 39.
28 Hans Breuer s’en est acquitté d’une pirouette (révélatrice) : « Der Wandervogel ist voller Sackgassen, und das Blühertum ist nur ein Gäßchen. Sein heiterer Hellenismus taugt nicht für uns nordische Männer », (« Herbstschau 1913 », in : Wandervogel VIII, H.10, oct. 1913, p. 282).
29 Hans Blüher : « Wandervogel und Freie Schulgemeinde ». In : Die Freie Schulgemeinde n°13 (avril 1913), p. 83 sq.
30 Wyneken : « Wandervogel und Freie Schulgemeinde » (note 27), p. 33.
31 Hans Blüher : Avant-propos pour une réédition de son livre (1948). Version française dans Hans Blüher : Wandervogel : Histoire d’un mouvement de jeunesse, tome 1, Paris, 1994.
32 Hans Blüher : Werke und Tage, München 1953, p. 181 (« une réalité », souligné dans l’original).


